Hommage aux Noirs américains: l'envers du décor

Présentée par PR-21683

S'abonner à l'émission

L'image de la semaine

vendredi 12 juin à 8h52

Durée émission : 3 min

L'image de la semaine

© AFP / Brendan Smialowsky - 08/06/2020 : des législateurs américains posent en silence, un genou à terre, en mémoire de George Floyd, Capitole des États-Unis, Washington

David Groison a retenu deux photos cette semaine, prises au même endroit, à la même heure des sénateurs et députés américains rendant hommage à George Floyd, le décor et son envers.

Cette émission est archivée. Pour l'écouter, inscrivez-vous gratuitement ou connectez-vous directement si possédez déjà un compte RCF.

Deux photos pour le prix d’une. La première photo, c’est celle qui a été publiée dans les journaux américains. C’est une image symbolique, forte. On y voit des élus, des députés et des sénateurs du Parti démocrate américain genou à terre. Ils sont une quinzaine, des femmes, des hommes, des jeunes, des vieux, tous dans cette position d’humilité dont nous parlions la semaine dernière. Ils se mettent à genou, comme le faisait Martin Luther King qui organisait des prières de rue pour obtenir l'égalité, la justice et le respect. 

Au premier plan, c’est la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi et première opposante à Trump qui le fait. En talon aiguille, tailleur orange, tête penchée vers le sol, les mains jointes, elle se recueille avec les autres sur le marbre majestueux du hall de l’émancipation, nommé ainsi en mémoire des esclaves qui ont été forcés de construire le bâtiment du Capitole à Washington. Ils ont tous de beaux habits, le décor est solennel. C’est évidemment une photo qui impressionne. Surtout quand on sait qu’ils ont tenu la pose huit minutes et 46 secondes précisément. Qu’ils sont restés silencieux tout ce temps là. Huit minutes et 46 secondes, la durée de l’agonie de George Floyd avant de mourir asphyxié. L’hommage aux Noirs américains qui ont perdu leur vie de façon injuste, par les représentants de la nation, c’est fort.

Mais je voulais aussi vous parler du contre champs. C’est le même photographe Brendan Smialowski, correspondant de l’Agence France-Presse à Washington qui l’a fait. C’est une photo où les députés et sénateurs sont dans la même pose, mais de dos. On reconnaît le tailleur orange de Nancy Pelosi, les chaussures et les costumes sombres de ses collègues, le marbre blanc et marron. Mais au fond, on découvre une rangée de photographes, pas du tout dans le respect et l’émotion eux. Il y en a un assis les jambes bien écartées, l’autre accroupi, l’autre recroquevillé au dessus de son appareil posé au sol, un autre debout, un autre assis contre le socle d’une statue et les deux derniers carrément allongés par terre. Pas du tout la même solennité.

Cette photo est sur le site de l’AFP, mais elle a moins été reprise, car bien sûr elle dévoile les coulisses de l’actu. Et pas l’actu elle-même. Elle montre que la première photo n’a rien de spontané, qu’un rendez-vous a été donné aux photographes, qu’ils se plient au jeu. On le sait bien sûr… Mais le voir c’est autre chose. Et puis cette deuxième photo est prise d’en haut. On les surplombe, les députés, et ça nous met mal à l’aise, ce n’est pas notre place. Car si les photographes sont à terre, à genou ou allongés, c’est qu’ils veulent prendre la photo en contre-plongée, magnifier le geste des représentants de la nation. Ils ajoutent des symboles au symbole. Quelques fois, l’image d’Épinal, l’image attendue nous fait du bien.

 

Sur le même thème :

Les dernières émissions

L'émission

Le vendredi à 8h52

Chaque vendredi dans la Matinale RCF, David Groison commente une photo de presse.

Le présentateur

David Groison

David Groison est rédacteur en chef du magazine Phosphore, édité par Bayard et destiné aux 14-19 ans. Il est également directeur des titres ados du groupe (Okapi, I love English) Il est enfin l'auteur de plusieurs ouvrages sur la photo chez Actes Sud Junior (Prises de vue, l'histoire vraie des grandes photos). Le matin, il a toujours une petite goutte de sueur au front : été comme hiver, il vient au studio à vélo. @DavidGroison