"Il est urgent de se mobiliser pour les zones humides"

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La chronique Écologie

mardi 5 février à 7h20

Durée émission : 3 min

La chronique Écologie

Samedi 2 février c'était la Journée mondiale des zones humides. En les faisant disparaître, "on tue les organes vitaux de la planète" comme nous l'explique Johannes Herrmann.

Notre sujet du jour : la Journée mondiale des zones humides qui avait lieu ce 2 février. Qu’est-ce donc que ces fameuses zones humides ?
 
Une zone humide, c’est un milieu, un bout de territoire dont le trait dominant est la présence d’eau, douce, saumâtre ou salée, exception faite de la haute mer. Donc ce sont les marais, côtiers ou continentaux, le littoral, les cours d’eau et leur lit majeur, les lacs, les deltas, les tourbières, les mares, les prairies inondables… Et si on en parle tant, c’est parce que grâce à cette présence d’eau, aux divers degrés d’humidité qui vont exister, aux sédiments apportés, et à tous les organismes qui vont chacun exploiter à leur manière un petit bout de ces ressources, ce sont les écosystèmes les plus riches du globe. Les zones humides ce sont des concentrés de vie. Les trois quarts des espèces vivantes du globe peuvent les habiter, alors qu’elles ne représentent que 28% de la surface. La production de matière vivante, les services rendus à l’homme dépassent même celles des forêts tropicales.
 
Est-ce que vous pouvez nous en dire plus sur ces fameux services ?

Il y a ce qu’on en retire directement en termes de pêche, de production de bois, d’aquaculture, ostréiculture etc. Il y a le rôle hydrologique : les zones humides stockent de l’eau et peuvent ensuite la restituer progressivement en saison plus sèche, elles réalimentent les nappes phréatiques. En outre, elles abritent toute une vie animale et microscopique qui va assurer un gros travail d’épuration des eaux, par captation des éléments toxiques. Elles servent aussi de zone d’expansion des crues, raison pour laquelle on essaie aujourd’hui de restaurer les lits majeurs des fleuves. Il y a aussi le stockage du carbone par les tourbières : 3% de la surface mondiale et plus de carbone stocké que les forêts ! C’est très divers et c’est énorme. Et c’est très concret. On a montré qu’une ferme du Limousin qui a la chance d’avoir un certain % de zones humides sur son terroir dégageait un revenu supérieur de plus de 25% à un terroir « sec ».
 
Mais si on en parle c’est sans doute que tout ça est en danger !

Bien sûr et en danger grave ! Trop longtemps on n’a vu dans ces marais que des surfaces improductives, voire hostiles, inconstructibles, pleines de moustiques, de malaria… Alors on les élimine pour exploiter le terrain. La pollution de l’eau en amont les intoxique aussi. 50% ont disparu à l’échelle mondiale, 67% en France rien qu’au 20e siècle. Alors que les services rendus sont supérieurs au coût de leur conservation. On tue les organes vitaux de la planète. Il est urgent de se mobiliser. Là à l’échelle individuelle, à part conserver une mare si on a la chance d’en avoir une, on ne peut pas faire grand-chose. C’est une politique de conservation qu’il faut exiger, pour le bien de tous, et dans le monde entier.

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Le présentateur

Johannes Herrmann

Johannes Herrmann (Cyrille Frey de son vrai nom) est ornithologue. Membre de l'association Oeko-logia, il contribue à la revue Limite. Il est l'auteur, avec sa femme Mauhaut Herrmann, d'un essai sur la biodiversité "La vie oubliée - Crise d'extinction : agir avant que tout s'effondre" (coll. À la limite, éd. Première Partie, 2018).