Islam de France

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Regard politique

mercredi 14 février à 7h12

Durée émission : 3 min

Regard politique

François Ernenwein revient sur les propositions d'Emmanuel Macron pour organiser "l'islam de France". Une avancée prudente.

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Emmanuel Macron avance avec prudence, mais il avance. En annonçant, via le JDD, qu’il voulait poser des jalons, au premier semestre 2018, sur l’organisation de « l’islam de France », le président de la République a eu mille fois raison de se saisir publiquement de ce sujet.

L’objectif n’est rien moins que proposer une organisation d’un culte musulman plus apaisé, là où règne une certaine confusion, propice – ici  ou ailleurs - à de nombreux amalgames. Emmanuel Macron coupe ainsi l’herbe sous le pied de ceux qui prospèrent en distillant des caricatures à propos des 3 à 6 millions de personnes se réclamant de l’islam en France et qui, dans leur écrasante majorité, se sont parfaitement intégrées. S’adressant aux musulmans en janvier, le chef de l’Etat avait déjà précisé ses intentions :  « Nous devons avoir un travail sur la structuration de l’islam de France qui est la condition même pour que vous ne tombiez pas dans les rets des divisions de votre propre religion et de la crise qu’elle est en train de vivre au plan international ». Mais Emmanuel Macon met en garde sur «  le risque, dans toute cette affaire, de brandir des objets connotés qui ont leur propre histoire, ou de faire des raccourcis en plongeant tout le monde dans le même sac »  

Il y a dans ce message une double entrée : la première porte sur l’organisation de l’islam que le chef de l’Etat, comme beaucoup d’autres responsables politiques avant lui,  veulent affranchir des influences étrangères. Celles notamment  du Maroc, de l’Arabie saoudite, de l’Algérie. Elles  s’exercent à travers des financements qui ont aussi de lourds effets sur les enseignements théologiques. Ces pays gênent, par ailleurs, afin de conserver leurs parts de marché au sein de l’islam en France, toute réforme qui consisterait à mettre en place des ressources françaises pour financer des projets cultuels.

Le second axe concerne les relations de l’islam avec la République. Déjà les aumôniers de tous les cultes, à l’hôpital, en prison ou dans l’armée vont devoir suivre une formation à la laïcité. Mais ce n’est sans doute pas assez. Il doute élargir cette formation, soutenir la recherche en islamologie. Sur la question de la répression de la petite minorité qui parmi les adeptes du salafisme, prônent l’action armée, il faut se souvenir que des mosquées ont été fermées. Il n’empêche  que leurs thèses continuent à se rependre sur Internet. Là, compte tenu de la menace, la vigilance est de mise. L’objectif est de séparer le bon gain de l’ivraie pour combattre le fondamentalisme.

Les dossiers qu’Emmanuel Macron vient de mettre sur la table sont importants. Contrairement à beaucoup de ses prédécesseurs, le président de la République accorde une certaine importance aux  questions religieuses et à leurs effets politiques. Il distille ses messages dans le stricte cadre des lois de 1905 et de leurs nombreuses adaptations, avec beaucoup nuances. Mais il dénonce aussi « la radicalisation de la laïcité» menée par certains au nom d’une guerre identitaire. Les tenants de cette ligne dure ont tous dit leurs réserves devant les projets d’Emmanuel Macron. Alors que c’est évidemment la bonne approche.   
 
 
  

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