"J'accuse": peut-on parler du dernier film de Polanski?

Présentée par PR-16263

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La chronique Cinéma

mercredi 13 novembre 2019 à 8h52

Durée émission : 3 min

"J'accuse": peut-on parler du dernier film de Polanski?

Aujourd'hui on parle du film "J'accuse" de Roman Polanski qui revient sur l'affaire Dreyfus, alors que lui-même est accusé de viol par une ancienne actrice française

L’actualité est assombrie cette semaine par cette nouvelle acccusation qui fait désagréablement écho à celles d’autres victimes déclarées, et à la polémique qui a déjà eu lieu à la Mostra de Venise sur le sujet en septembre dernier.

Le film « J’accuse » doit être abordé ici, pour plusieurs raisons

D’abord, faire la critique d’un film consiste à juger d’une œuvre et non de son auteur. Et c’est un film nécessaire ! Parce que - cela peut sembler incroyable - mais c’est le premier film de cinéma français qui traite de l’affaire Dreyfus ! Il n’a été précédé que de films étrangers, de documentaires ou de téléfilms.

Or il s’agit d’un tournant de l’histoire française qui continue à marquer l’inconscient collectif, et que les jeunes générations connaissent mal.

D'autant plus que le réalisateur a choisi le point de vue d'un personnage méconnu de l'affaire, le lieutenant-colonel Picquart : on connaît bien, évidemment, Alfred Dreyfus injustement accusé, le rôle déterminant de Zola et son réquisitoire paru dans l'Aurore, et éventuellement le nom du véritable coupable, Esterhazy.

Mais très peu Marie-George Picquart, qui était le responsable des services de renseignements, et qui est celui qui risqua sa carrière et même sa vie pour faire éclore la vérité, au nom de l’honneur de l’armée et d’une certaine idée de la Justice.

Outre le rôle majeur de ce quatrième homme (joué par Jean Dujardin), il récapitule en détails les douze années de l’affaire et ses temps forts, de la destitution de Dreyfus jusqu’au procès de Picquart.

Ensuite, la reconstitution historique est de très grande qualité, et le film ménage même un vrai suspense, sous la forme d’une enquête policière teintée de film d’espionnage.
Et puis le casting est formidable. Jean Dujardin est très sobre. Un peu figé parfois. On le sent très concentré sur son personnage, comme pour tenir à distance son second degré ironique habituel.

Mais Louis Garrel campe un capitaine Dreyfus saisissant et le toujours très juste Gregory Gadebois joue un lieutenant Henry plein d’ambiguité.
Et la pléiade de seconds rôles est impressionnante, avec de nombreux sociétaires de la Comédie française, comme Didier Sandre, Laurent Stocker ou Michel Vuillermoz,….

LES FAITS HISTORIQUES SUFFISENT-ILS POUR APPROCHER LA VERITE DE L’AFFAIRE ?

C’est la question. Il manque peut être au film un peu des passions humaines qui ont ébranlé et divisé la France à cette époque.

Et qu’on retrouvait dans le téléfilm « Zola ou la conscience humaine » dont vous vous souvenez peut être.  C’était en 1978 sur Antenne 2, et c’était le premier à lever le tabou en France sur l’affaire Dreyfus… 80 ans après les évènements !!

Aujourd’hui, Roman Polanski nous captive en détaillant scupuleusement la longue et difficile réhabilitation de Dreyfus. Mais c’est quand il ose dans la presse, un parralèle avec sa propre histoire, que nous avons le droit de ne pas le suivre.

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Le présentateur

Valérie de Marnhac

Valérie de Marnhac est membre de l'association SIGNIS, pour qui elle anime des ciné-débats, et a participé aux Jurys œcuméniques des Festivals de Cannes, Fribourg, Téhéran... Elle est également conférencière pour le l’association venez et voyez www.venezetvoyez.fr