Jean Viard: "nous vivons le plus grand bouleversement de l'histoire humaine"

Présentée par PR-17616

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Le Grand Invité

lundi 6 janvier à 8h10

Durée émission : 15 min

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© LUDOVIC MARIN AFP

C’est une semaine cruciale qui s’annonce pour le gouvernement. La grève contre la réforme des retraites entre dans son deuxième mois.

"Les gens sont perdus"

Les débuts d’années sont l’occasion de regarder à la fois en avant et en arrière. Un double mouvement de bilan et de prospective qu’a effectué lundi 6 janvier sur RCF le sociologue Jean Viard, par ailleurs éditeur et directeur de recherche au CNRS. Certains l’ont qualifié de sociologue le plus optimiste de France. Spécialiste des mobilités, de la France rurale et des territoires, Jean Viard estime que "l’on vit le plus grand bouleversement des sociétés de l’histoire humaine, dans un temps si court".

"En dix ans, quatre milliards d’hommes se sont connectés à Internet. De l’autre côté, 60% des bébés naissent hors mariage. Et 10% des gens vont mourir dans la commune où ils sont nés. Ce sont des chiffres énormes. Cela veut dire qu’il y a une énorme évolution culturelle, des modes de vie. Nous sommes devenus des individus profondément mobiles. On est une société  d’hypermobilité alors que l’on vivait dans une société sédentaire. C’est à la fois une liberté de l’individu et une destruction de ce que l’on avait en commun. Aujourd’hui, on s’appartient à soi-même. Et les gens sont perdus, dans ce qui nous arrive ensemble" explique-t-il.
 

"Le peuple a explosé en plusieurs foules"

S’agissant de la réforme des retraites, à l’aune de son analyse, le sociologue ajoute que "l’on a construit après-guerre un modèle de protection. L’idée est un modèle masculin de statut stable, où les dames ont des revenus complémentaires. C’est le modèle dominant, c’est le mode de vie des années 40. Il a duré jusqu’à aujourd’hui. Aujourd’hui, plus de 80% des femmes sont salariées. Elles changent de métier plus souvent. Et on ne sait pas ce que seront les emplois dans 20 ans. C’est tout cela. Est-ce qu’on arrive à passer de la protection d’un modèle social à la protection d’un autre modèle social ?".

"Le peuple a explosé en plusieurs foules. Le populaire ne fait plus front. Ces foules ont des colères énormes même si au bout d’un moment les colères se tassent et qu’il faut bien aller travailler" lance Jean Viard, qui précise que d’un autre côté, les agriculteurs ne bougent pas, les jeunes des quartiers non plus, afin de démontrer que le combat qui se joue actuellement autour de la réforme des retraites, et il y a quelques mois avec les Gilets jaunes, est un combat sectoriel.
 

Est-on capable de dessiner un futur ?

Dans un tel contexte, retrouver du commun peut paraître une chose compliquée. Pour Jean Viard, le paradoxe, c’est que "notre chance, c’est la crise climatique". "On est tous en train de comprendre qu’on est entré dans la société de la révolution verte. Tout le monde est en train de comprendre que la question de l’écologisation du monde est là. C’est à la fois un risque de mort et un risque d’invention extraordinaire. Il y a une bataille énorme à mener. Si on n’invente pas, on finira par mourir. Est-ce que cela va finir par nous rassembler ? Va-t-on avoir une pensée verte ?" s’interroge-t-il.

"Aujourd’hui, certaines personnes, comme la CGT ou les populistes, expliquent qu’il ne faut rien changer. Les gens ne veulent pas se mobiliser pour des discours de mort. La question est : est ce qu’on est capable de dessiner un futur ? Des futurs ? C’est le boulot des artistes, des intellos, qui font le même travail qu’on a fait dans les années 20, dans les années 50. Tout n’est pas du ressort du politique" lance le sociologue.

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Chaque matin, Stéphanie Gallet reçoit une personnalité au cœur de l’actualité nationale ou internationale. Décryptage singulier de notre monde et de ses enjeux, mais aussi découverte d’un parcours, d’un engagement. Au cœur de la grande session d’information du matin, une rencontre quotidienne pour prendre de la hauteur avec bienveillance et pour donner du sens à l’information.  

Le présentateur

Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.