"Jojo Rabbit", une comédie farfelue sur l'Allemagne nazie

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La chronique Cinéma

mercredi 29 janvier à 8h52

Durée émission : 3 min

"Jojo Rabbit", une comédie farfelue sur l'Allemagne nazie

© Agence Cartel

Comédie décapante du réalisateur néo-zélandais Taika Waititi, "Jojo Rabbit" revient sur la Seconde Guerre mondiale vue par un jeune garçon des Jeunesses hitlériennes.

Le sujet était osé, et à la vue de l’affiche et de la bande annonce, on pouvait s’attendre à une farce un peu outrée sur le nazisme. L’exercice semblait donc périlleux ! Mais j’avoue avoir été séduite par le culot de ce film.

On savait depuis Le Dictateur ou Papy fait de la résistance, que l’on peut faire une excellente comédie à partir de pages les plus noires de l’histoire. Et tout le monde se souvient du maréchal von Apfelstrudel, demi-frère fictif d’Hitler joué par l’hilarant Jacques Villeret dans le film de Jean-Marie Poiré !

Mais Taika Waititi va plus loin, avec cette satire déjantée qui ose beaucoup d’excès, mais jamais gratuitement, et toujours à hauteur d’yeux d’enfant ; ce qui justifie bien des points de vue du film.

Jojo, c’est Jojo Betzler, un petit garçon de 10 ans, enrôlé dans les camps de jeunesse hitlérienne, où il est malmené par ses camarades à cause de sa trop grande sensiblerie, et qui s’invente en ami imaginaire, un Hitler complice et totalement loufoque. Jusqu’à ce qu’il découvre un jour que sa mère, qu’il adore et qu’il admire tout autant, cache en réalité une jeune fille juive sous leur toit.

Ce qui commence comme une comédie farfelue se teinte alors de drame et de romance. Avec Elsa, sa nouvelle amie, Jojo ouvre enfin son cœur et son esprit à sa conscience et réalise progressivement l’ampleur du fanatisme et du mensonge généralisé qui l’entoure.

Scarlett Johansson, qui joue la mère, apporte sa féminité et son charisme à ce personnage fantasque et aimant.

Et c’est le réalisateur lui-même qui joue Hitler ; ce qui s’avère être un excellent casting, car il porte le projet depuis plusieurs années, et que le sujet rejoint indirectement son histoire personnelle.

On avait découvert ce réalisateur maori avec un très joli film néo-zélandais Boy, déjà sur une enfance sans père et le besoin de héros pour passer à l’âge adulte. Mais on découvre ici qu’il a aussi des origines juives par sa mère.

Et pour lui, tourner Hitler en dérision, c’est « avoir le dernier mot » sur la haine et la folie meurtrière du nazisme ! Il assume donc totalement le côté iconoclaste et subversif de son film et il croit en sa capacité d’étonner et d’émouvoir les générations nouvelles sur le drame de la Shoah.

Cette comédie a une esthétique particulière et c’est le seul petit bémol du film peut-être : la trop grande ressemblance avec l’univers de Wes Anderson !

Certains plans, comme celui des deux enfants à la fenêtre de leur chambre, pourraient presque être extraits d’un film comme Moonrise Kingdom.

Mais cette filiation est plutôt prestigieuse et les fans d’Anderson - dont je suis ! - seront heureux de retrouver cette esthétique excentrique et colorée.
Et pour les autres, allez vite la découvrir en salles !
 

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Valérie de Marnhac

Valérie de Marnhac est membre de l'association SIGNIS, pour qui elle anime des ciné-débats, et a participé aux Jurys œcuméniques des Festivals de Cannes, Fribourg, Téhéran... Elle est également conférencière pour le l’association venez et voyez www.venezetvoyez.fr