L'Allemagne pourra-t-elle se passer du charbon ?

Présentée par

S'abonner à l'émission

La chronique Économie

jeudi 20 décembre 2018 à 7h20

Durée émission : 3 min

La chronique Économie

Vincent de Féligonde vous propose sa chronique sur l'économie.

00:00

00:00

Une page se tourne en Allemagne avec la fermeture demain des deux dernières mines de houille du pays. Les mineurs se lanceront un ultime "Glückauf Kumpel !", "bonne chance camarade", selon l'expression consacrée avant la descente dans le puit. Avec ces fermetures, c'est une page de l'histoire de l'Allemagne et de l’Europe qui se tourne. Pendant 150 ans, le charbon a été la principale ressource énergétique et la plus importante matière première du pays, notamment dans l’industrie et la chimie.

Il a façonné les paysages, avec ses terrils et ses chevalements. Mais aussi la société. La fosse, son jargon, ses échanges francs et rugueux, sa passion pour le foot, avec le Borussia Dortmund ou encore Schalke 04, ses "Kneipe" (les bars ouvriers), ses choeurs, ses associations d'anciens et ses messes à Sainte-Barbe la patronne des mineurs ont soudé des générations d'habitants de la Ruhr.

Elle a aussi joué un rôle politique. Les vestiaires des mineurs ont accouché des grandes luttes sociales allemandes. Les grèves de 1889, 1905, ou encore 1912, menées par les très puissants syndicats de mineurs, ont posé les jalons des politiques sociales du pays, avec la sidérurgie. La Ruhr était un bastion du SPD, le très puissant parti social-démocrate. Et il ne faut pas oublier qu’au niveau européen, c'est autour du puissant charbon de la Ruhr qu'a débuté en 1951 l'intégration économique entre anciens pays ennemis, avec la Communauté européenne du charbon et de l'acier.

Depuis les années 1960, la houille de la Ruhr agonise, incapable de rivaliser avec le charbon de l'étranger. Extraite à 1200 mètres sous terre, une tonne de houille allemande revient à 250 euros, plus de trois, fois plus que le prix du marché. Le gouvernement a maintenu le secteur artificiellement en vie à coup de subventions colossales.

En 2007, Berlin s'est donné onze ans pour préparer en douceur la reconversion de son bassin minier. L'objectif était d’éviter un choc comparable à celui qu'a vécu l'Angleterre dans les années Thatcher.
La réduction d’activité n'a entraîné aucun conflit majeur. La quasi-totalité des mineurs est partie à la retraite anticipée, à moins de 50 ans. En 1968, la Ruhr comptait 72 mines de houille et 274 000 mineurs. Ils ne sont plus que 1500 aujourd'hui. Elle compte aujourd'hui une vingtaine d'écoles supérieures qui ont permis l'émergence d'un nouveau tissu d’entreprises. Le secteur tertiaire emploie 75% de la population.

Lancé dans une transition énergétique périlleuse avec une sortie rapide du nucléaire, l'Allemagne a besoin du charbon. Car la montée en puissance de l’éolien et du solaire pose des problèmes de transport et de stockage. Résultat, les centrales au charbon importé d'Australie ou de Chine turbinent à plein régime, y compris dans la Ruhr. A cela s’ajoute le lignite, un charbon brun extrait d’immenses mines à ciel ouvert. Problème, ce Braunkohle – littérallement « charbon brun » - est de mauvaise qualité et donc très polluant. Le gouvernement envisage leur fermeture et doit trancher d’ici février.
Mais ce n’est pas simple, car 37% de l’électricité allemande provient de la combustion du charbon, houille et lignite, contre… moins de 2% en France.

Les dernières émissions

L'émission

Le jeudi à 7h20

Avec Vincent de Féligonde, l'actualité économique expliquée chaque jeudi.

Le présentateur

Vincent de Féligonde

Vincent de Féligonde est le chef du service économique et social au journal La Croix.