​L’heure de la souveraineté européenne a-t-elle sonnée ?

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La chronique Europe

vendredi 17 mai à 7h20

Durée émission : 3 min

​L’heure de la souveraineté européenne a-t-elle sonnée ?

La souveraineté européenne serait-elle en danger face à des demandes "exorbitantes" de l'administration américaine ?

L’événement est suffisamment rare pour être souligné. La fermeté de la réponse des Européens à des demandes exorbitantes et des menaces de l’administration américaine est inhabituelle et pourrait faire date. Au point de se demander si l’heure de la souveraineté européenne a enfin sonné.
 

Que s'est-il passé ? 

Le 1er mai dernier, deux sous-secrétaires d’Etats américains, respectivement en charge de l’acquisition et du contrôle des armements, ont adressé une lettre comminatoire à Federica Mogherini, Haute-Représentante de l’UE pour la politique étrangère et de sécurité commune – c’est-à-dire la ministre des affaires étrangères de l’UE. L’objet de leur courroux ? La décision des Européens, qui doit encore être confirmée par le Conseil, de ne pas permettre aux industriels situés hors du territoire de l’Union de prendre part aux programmes financés par le futur Fonds Européen de Défense. En d’autres termes, d’exclure les industriels américains (et demain britanniques) des futurs programme de financement de R&D de défense de l’UE.

La réponse de Mme Mogherini à ce courrier, dont le Président du Parlement européen, Antonio Tajani et le Vice-Président de la Commission Jirki Katainen ont tous deux reçu copie, fut surprenamment ferme. Lors d’une conférence de presse publique, il y a trois jours, Federica Mogherini – qui s’était concerté avec les Etats membres – a adressé une fin de non-recevoir sèche à ces demandes américaines.
 

Cette réaction est-elle si surprenante ? Après tout, les Américains n’ouvrent pas leurs financements aux industries européennes ?

Vous avez raison, Stéphanie. A première vue, rien de surprenant dans la décision de l’Union de n’appliquer qu’un strict principe de réciprocité. Pour autant, deux choses interpellent dans cette affaire.

Tout d’abord, les requêtes américaines sont une ingérence des Etats-Unis dans les affaires européennes, que de nombreuses capitales du Vieux Continent considèrent comme inacceptables. A l’exclusion de leurs industriels, les Etats-Unis menacent de réagir par des mesures de rétorsion commerciale envers les entreprises qui participeraient aux programmes du Fonds européen de défense. Jamais encore l’Administration américaine n’avait été si loin dans les menaces et dans l’entrelacement des enjeux sécuritaires et commerciaux.

Mais, ce qui est tout autant, si ce n’est plus, surprenant c’est l’unanimité – sans doute temporaire – de la réponse européenne. Car, avant de s’exprimer publiquement et de rappeler aux Américains que les marchés européens restaient infiniment plus ouverts au matériel américain que le marché américain aux matériels européens, Federica Mogherini avait pris le soin de s’entretenir avec les Etats membres. Et, ceux-ci se sont accordés sur la fermeté de la réponse, malgré leurs différences voire leurs divergences qu’on ne cesse de souligner. Celles-ci ne manqueront sans doute pas de réapparaitre dans le futur.

Si l’heure de la souveraineté européenne n’a peut-être pas encore sonné, gageons néanmoins que celle-ci se rapproche à grands pas…

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Le présentateur

Edouard Simon

Edouard Simon est directeur du bureau de Bruxelles du think-tank Confrontations Europe