L'invention de la "Time Machine"

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La chronique Patrimoine

mardi 3 décembre à 8h52

Durée émission : 3 min

L'invention de la "Time Machine"

La création du chercheur Frédéric Kaplan révolutionne la collection d'archives et fait revivre le passé des grandes villes, c'est la "Time Machine"

Vous le savez bien Stéphanie, un des grands plaisirs de notre métier de journaliste, c’est butiner des idées portées par des femmes et des hommes que nous avons la chance de croiser. Et c’est ce qui m’est encore arrivé la semaine dernière quand je me suis rendue à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale.

Ce nom fleure bon son XIXe siècle et vous ne croyez pas si bien dire car elle a été fondée en 1801 par Bonaparte, sur proposition du grand chimiste Chaptal. Il s’agissait d’encourager les savants à innover pour mieux damer le pion à notre rivale, l’Angleterre. Et cette association regroupant ingénieurs, chercheurs et industriels a ainsi testé et fait connaitre les grands brevets français. Par exemple, elle a validé l’invention du ciment par Louis Vicat en 1817, ou encore du cinématographe par les frères Lumière en 1905. D’ailleurs depuis 2001, la Société d’encouragement a entrepris de préserver son patrimoine exceptionnel qui raconte une bonne partie de notre histoire technique et industrielle.

La Société poursuit sa mission d’une autre façon. Ainsi, j’étais invitée ce soir-là, à une présentation d’inventions numériques destinées justement à valoriser le patrimoine. Nous avons admiré plusieurs systèmes qui permettent des visites en 3 D avec recréation de scènes historiques, immersion dans une oeuvre d’art ou même dans l’atelier d’un artiste. Mais surtout, il y avait là un chercheur qui nous a époustouflés par l’ampleur et l’intérêt de son projet qui s’appelle, en anglais «Time Machine ».

Ce professeur s’appelle Frédéric Kaplan, il est français et travaille à l’école polytechnique fédérale de Lausanne, en Suisse. Il est parti d’un constat assez simple : sur internet, vous trouvez énormément de données numérisées. Pourtant, elle ne forment qu’une minuscule part des archives papier stockées dans des collections sous-utilisées voire oubliées. Alors, l’idée a germé de prendre comme unité d’espace, une ville, et de numériser de grandes séries de documents anciens afin de reconstituer son histoire en trois dimensions sur une plateforme virtuelle très puissante. La première à adhérer au projet a été Venise.

Les chercheurs ont donc commencé par la géographie, en mettant à la même échelle tous les plans qu’ils ont pu trouver, enrichis par les indices donnés par les tableaux, gravures, photographies... La Cité des doges se transforme sous nos yeux, sur plus de mille ans.

Grâce à des systèmes de reconnaissance des écritures anciennes, les historiens repèrent des noms sur des cadastres, des registres d’imposition et « nourrissent » ce plan virtuel d’informations : par exemple, ils indiquent, maison par maison, le nom de chaque orfèvre qui tenait boutique près de la place Saint-Marc, au XVIe siècle… La ville redevient vivante.

Cette plateforme peut s’enrichir à l’infini à mesure que de nouveaux fonds d’archives ou de musées se joignent à ce projet. Précisons qu’ils doivent accepter le principe d’un accès libre et gratuit de leurs sources.

L’idée est si bluffante que l’Europe a déjà accordé un million d’euros à Time Machine pour qu’il se structure à l’échelle européenne : Amsterdam, Budapest, Paris… sont ainsi en train de remonter le temps. Moi je trouve cela vertigineux et enthousiasmant, d’où ma bonne humeur de ce matin.

 

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