L'ISF sera-t-il rétabli ?

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La chronique Économie

jeudi 6 décembre à 7h20

Durée émission : 3 min

La chronique Économie

Vincent de Féligonde vous propose sa chronique sur l'actualité de l'économie.

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Face à la crise des "gilets jaunes", Édouard Philippe a jugé hier "nécessaire" le "débat" sur la réforme controversée de l’impôt sur la fortune (ISF).

Oui. La restauration de l'ISF est une des revendications les plus citées parmi toutes celles que portent les "gilets jaunes". A leurs yeux, en remplaçant l’ISF par l’impôt sur la fortune immobilière, Emmanuel Macron a fait un cadeau aux seuls "premiers de cordée". Et ces derniers ont coupé la corde qui les reliait au reste de la société. Comme pour Jacques Chirac en 1986 et Nicolas Sarkozy en 2007, cela a alimenté le sentiment d'injustice sociale. 

Concrètement, cela représente quoi ?

Les comptes sont vites faits. Pour sa dernière année, en 2017, l’ISF a concerné près de 360 000 personnes et rapporté 4,2 milliards d’euros. Son remplaçant devrait avoir touché trois fois moins de contribuables et rapporter près de quatre fois moins. Avec cette mesure, les contribuables les plus aisés ont donc vu leur feuille d’impôt s’alléger de 3,1 milliards d’euros.

Difficile de se rendre compte…

L’actualité nous donne un bon élément de comparaison : ce chiffre correspond à peu près à ce que devait rapporter en 2019 l’augmentation des taxes sur les carburants, diesel et gazole. Celles, justement, qu’Edouard Philippe a été contraint de suspendre mardi… Et qu'Emmanuel Macron a supprimé hier soir.

C’est aussi le prix (catalogue) de 30 Airbus A320. Ou de 200 000 Renault Clio. Ou encore le coût estimé pour l’Assurance maladie de la prise en charge de la migraine qui touche 12 % de la population active et conduit à 20 millions de journées d’arrêt de travail…

Pourquoi donc cette mesure figurait dans son programme présidentiel ?

En allégeant la taxation du patrimoine, Emmanuel Macron voulait mettre fin à l'exil fiscal. Il faisait surtout le pari que les sommes économisées par les plus aisés contribueraient à alimenter "l’économie productive". Que cela allait permettre de mieux financer les entreprises, singulièrement les PME, que ça aurait des effets sur l’investissement et donc sur l’emploi.

Et alors ?

Le problème, Stéphanie - ou plutôt le fait est - que nous ne sommes pas dans une économie dirigée. Comme le dit Amélie de Montchalin, députée de la République en marche, on ne peut pas mettre un drapeau sur chaque euro. Selon elle, les sommes investies dans les entreprises innovantes ont cru de 61% au premier semestre cette année. Son homologie socialiste Valérie Rabault rétorque que le seul placement qui bondit en 2018 c’est l’assurance-vie, un instrument qui n’irrigue pas vraiment l’économie.

Après avoir fait la sourde oreille, le gouvernement a convenu qu’il fallait se pencher sur la question. Devant les députés, Edouard Philippe a confirmé hier devant les députés qu’un "comité d’experts" dresserait un bilan l’année prochaine. "Nous ne craignons pas ce débat, a-t-il lancé. Il est nécessaire. Il aura lieu".

Pensez-vous que l’ISF sera rétabli ?

Emmanuel Macron a fait savoir hier qu'il n'en était pas question. Je pense toutefois que le gouvernement pourrait saisir la main tendue de Laurent Berger, le patron de la CFDT, qui, dans une interview à La Croix hier matin, proposait de réduire les inégalités par une tranche supplémentaire d’impôt sur le revenu. Mais on a vu ces jours dernier tellement de choses inimaginables il y a encore une semaine qu’il ne faut jurer de rien.

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Le présentateur

Vincent de Féligonde

Vincent de Féligonde est le chef du service économique et social au journal La Croix.