La forme de l'eau

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La chronique Cinéma

mercredi 21 février à 8h52

Durée émission : 3 min

La forme de l'eau

La forme de l'eau, de Guillermo del Toro. Etats-Unis, 2017. Avec Sally Hawkins, Octavia Spencer, Michael Shannon, Dough Jones. Festival de Venise 2017, Lion d'or du meilleur film

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Dans la bande annonce, c'est un mélange de bruits du quotidien, de poésie et d'étrangeté, qui correspond bien au film. Guillermo del Toro est un réalisateur mexicain qui aime bien les contes de fées et les monstres et cette fois, il crée un monstre aquatique. C'est une silhouette d'homme avec des branchies et des écailles de poisson, pêché en Amérique du sud, où cette créature est considérée comme un dieu par les populations locales.

On la découvre enfermée dans un immense aquarium, au sein d'un laboratoire de l'armée américaine et sous la responsabilité d'un militaire pervers, archétype de l'Américain raciste, rationnel et xénophobe. Heureusement, il y a Elisa, une femme de ménage muette et sa collègue qui, elle, est noire et très bavarde. Et enfin, pour pimenter l'action, un espion russe, car l'histoire se déroule en 1962 et l'occident est empêtré dans la guerre froide.

Dans les films de Guillermo del Toro, on sait tout de suite qui sont les méchants et qui sont les gentils. Ce qui n'empêche pas le film d'être palpitant, plein de surprises et à destination d'un public adulte.

La Forme de l'eau est un film magnifique, presque magique, qui est aussi séduisant sur le fond que sur la forme...  C'est un enchantement pour les yeux. Dans le choix des couleurs entre l'appartement d'Elisa et le laboratoire, dans les détails de la vie quotidienne, qui nous font balancer sans cesse entre réalité et fantastique. L'amphibien est superbe ! Il a une belle humanité derrière sa peau de reptile, dont les couleurs changent en fonction de ses émotions. Il respire, il frissonne par les branchies, ronronne de bien-être et nage avec élégance et souplesse. Il intrigue plus qu'il ne fait peur et on comprend vite que son côté repoussant est dû à son animalité et non pas à une quelconque méchanceté. Sur le fond, les personnages atypiques - les noirs, les femmes de ménage, les handicapés, les inadaptés au système et même, qui sait, les espions russes - sont bien sûr la réponse d'un artiste mexicain et migrant pour le droit à la différence, pour le respect envers les plus faibles physiquement ou économiquement, et pour l'attention aux plus démunis affectivement.

Tout étant un hommage au cinéma classique et au thème de la belle et la bête, La Forme de l'eau est un film très contemporain. C'est surtout un hymne à l'amour qui n'a pas de frontière, capable de ne voir que ce qui est beau en chacun de nous, même dans les créatures les plus différentes. L'amour transforme ceux qui ont su se laisser toucher. C'est un film où le mystère de cet amphibien et la grâce de cette femme de ménage font un couple merveilleux.

Au Festival de Venise 2017, La Forme de l'eau a reçu le Lion d'or du meilleur film.

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Le mercredi c'est le jour où sortent les nouveaux films au cinéma. C'est aussi le jour où écouter la chronique Cinéma de Magali Van Reeth !

Le présentateur

Magali Van Reeth

Magali Van Reeth est journaliste spécialiste du cinéma. Depuis 2006, elle est la secrétaire générale de SIGNIS-France.