La fraternité, un combat

Présentée par PR-16945

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La chronique d'Habitat et Humanisme

vendredi 6 décembre 2019 à 6h55

Durée émission : 3 min

La fraternité, un combat

Le ton monte, certains élus grondent contre l'accueil du pauvre : lutter contre l'injustice n'est pas accepté par tous

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Un bénévole des premières heures me fit part, non sans émotion, de sa peine pour des propos haineux échangés au cours d’un déjeuner privé en raison de son engagement au sein de notre association.
 
Un des convives, par ailleurs maire d’une petite commune, exprima son opposition informant les autres invités, qui acquiescèrent, qu’il avait appelé nombre de ses homologues pour leur faire connaître le peu d’estime qu’il portait à notre Mouvement.
 
Quels étaient les reproches à l’encontre d’Habitat et Humanisme ? De loger des personnes qui ne méritaient pas de l’être au motif de leur étrangeté ou encore, pour considérer qu’elles étaient responsables si elles avaient comme abris les bidonvilles, les squats ou ‘la rue’.
 
Un grand quotidien, dans son édition du 28 novembre, met en exergue le déficit d’accueil des plus modestes dans les logements sociaux. Un comble ! Ce refus d’un logement adapté traduit un jugement inique à l’égard des plus fragiles : vous n’êtes rien, vous n’existez pas, en d’autres termes : « allez voir ailleurs ».
 

L’ailleurs n’est pas une altérité, il est un vide, une absence de soins et par-là même d’humanité.
 
Le ton monta, me dit cet ami bénévole, d’où des arrêts de rigueur sans appel contre les acteurs participant au logement des plus pauvres, jusqu’à souhaiter que les associations n’aient plus la possibilité de bâtir.
 
Heureusement, vous êtes là avec des milliers d’autres pour que l’acte de construire soit synonyme de bienveillance et de respect de l’autre. Tous, ne sommes-nous pas des « Dreyfusards », des résistants qui refusent de pactiser avec l’injustice, le mépris et l’indifférence mettant à genoux tant de personnes vulnérables.
 
Vous coopérez avec nous, disais-je à ce bénévole, pour qu’il n’y ait pas de collaboration de triste mémoire avec ces idées mortifères, destructrices du faible ou de ceux qui osent être les résistants de l’ombre pour que la nuit du néant n’enveloppe pas la Société.
 
L’effacement des plus pauvres est une réalité. Ne sont-ils pas appelés les ‘invisibles’. Notre combat contre le sans-abrisme, rencontre peu d’intérêt. Il est notre échec. Est-ce une raison d’abandonner ceux qui n’ont rien, même pas un droit de cité pour être de nulle part et n’avoir part à rien ? Surtout pas.
 
Notre mission nous importe plus que de recevoir de la reconnaissance de ceux qui crient, forts de leurs certitudes, pour que ne craquent point leurs armures. Il nous souvient de Péguy : « on n'a pas vu mouiller ce qui était verni, on n’a pas vu traverser ce qui était imperméable, on n'a pas vu tremper ce qui était habitué... Les "honnêtes gens" ne mouillent pas à la grâce » (La morale et la grâce).
 
Les yeux de ce bénévole étaient précisément embués par la mémoire de cette agressivité, surgie de ces tréfonds où la ‘bête immonde’ se cache pour mieux faire tomber dans les abîmes et les oublis ceux sans défense.
 
Il faut poursuivre sans s’arrêter parce que justement rien n’arrête cette folie destructrice, sauf le Crucifié qui, par le don de sa vie, ne laisse à la haine aucun avenir. Tout bascule alors dans un passage nommé la Pâque : une inespérée ouverture.
 
Tout commence avec la Nativité qui ne saurait être pour nous un anniversaire mais la naissance à ce que nous sommes appelés à être pour nous inscrire dans cet inouï, laissant la plus grande place possible à la fraternité, un combat permanent.

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Le samedi à 8h10 et le dimanche à 7h23

Chaque semaine, dans la Matinale RCF, la parole est à l'association Habitat et Humanisme.

Le présentateur

Père Bernard Devert

professionnel de l’immobilier, prêtre du Diocèse de Lyon, a créé l’association Habitat et Humanisme en 1985, mouvement visant la réconciliation de l’économique et du social, de l’humain et de l’urbain. Habitat et Humanisme, ce sont aujourd’hui 55 associations couvrant 80 départements avec 4200 bénévoles et 1550 salariés.