La Marseillaise, le destin extraordinaire d'un chant pour la liberté

Présentée par PR-22035

La chronique Patrimoine

mardi 30 juin à 8h52

Durée émission : 3 min

La Marseillaise, le destin extraordinaire d'un chant pour la liberté

© RCF - Sophie Laurant

Alors que les festivités du 14 juillet seront réduites cette année partout en France, Sophie Laurant a préparé pour les lecteurs du Pèlerin un cahier spécial consacré à La Marseillaise.

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On a encore des choses à apprendre sur notre hymne national. Saviez-vous qu’il existe plus de 500 versions adaptées, traduites, parfois détournées de ce chant ? Saviez-vous que les nazis l’avaient interdite en zone occupée ? Qu’elle a été l’hymne du Chili durant la présidence d’Allende et ensuite, naturellement, interdite par le général Pinochet après son coup d'État en 1973 ? Ce chant est vu, depuis 200 ans et dans le monde entier, comme un appel à lutter contre l’oppression. Mais c’est avant tout une marche guerrière, écrite le 26 avril 1792 par Rouget de Lisle à Strasbourg, pour encourager l’armée à défendre la France contre les attaques menées par l’Autriche.

Pourquoi s’appelle-t-elle Marseillaise ? Par la grâce des imprimeurs et des colporteurs qui diffusent tout de suite ce chant entraînant, facile à retenir. Dans la France d’alors, on chante tout le temps, en travaillant, à la messe, en marchant sur de longues distances… Et c’est sans doute ainsi qu’un docteur de Montpellier, François Mireur, en prend connaissance. Ce qui est sûr, c’est que le 22 juin, il apprend ce chant à un groupe de soldats volontaires réunis à Marseille et que ceux-ci vont diffuser "le chant des Marseillais" en montant vers la capitale. En 1795, elle devient l’hymne officiel du pays, avant d’être interdite sous la Restauration et les deux Napoléon.

Aujourd’hui beaucoup de personnes contestent ses paroles assez violentes… Je vous l’accorde, ce n’est pas un chant pacifiste. Même si un couplet préconise d’épargner les soldats ennemis, eux aussi, victimes des tyrans. Surtout, il y a un malentendu sur l’expression "sang impur", qui hérisse nos contemporains. Or, il ne s’agit pas de racisme. Ces mots fustigent les aristocrates qui se croient d’un "sang" supérieur mais ont trahi en partant combattre contre leur patrie. Bizarrement, La Marseillaise fait polémique chez nous, alors qu’elle est le seul hymne national connu à l’étranger. Et puisque c’est notre dernière chronique ensemble, j’aimerais évoquer un souvenir personnel qui m’a fait comprendre la symbolique puissante de ce chant.

C’était le soir du 14 juillet 1989. Avec des milliers d’autres sur les Champs-Élysées, je tentais d’apercevoir un bout du défilé du Bicentenaire, orchestré par Jean-Paul Goude. Et soudain, une voix puissante et mystérieuse a surgi dans la nuit. C’était celle de la grande cantatrice américaine Jessie Norman. Elle offrait au peuple français une interprétation de La Marseillaise qui, pour cette femme noire étrangère, symbolisait tant la liberté et les Droits de l'homme. Comment imaginer plus bel hommage ? Je vous jure que pendant ces minutes-là, un silence recueilli a saisi la foule joyeuse et que nous avions tous les larmes aux yeux.

 

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