La poésie, "un art populaire capable de relier les hommes" pour Bruno Doucey

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Le Grand Invité

mercredi 7 mars à 8h10

Durée émission : 15 min

La poésie, "un art populaire capable de relier les hommes" pour Bruno Doucey

© Crédits : Murielle Szac - éd. Bruno Doucey

Le Printemps des Poètes se tient en France, pour sa vingtième édition. Une édition basée sur le thème de l'ardeur.

La poésie n'a pas de fronitères

Ayant choisi un texte d’une poétesse syrienne pour cette matinale, Bruno Doucey, poète et éditeur, artisan du 20ème Printemps des Poètes, explique que la poésie "peut aider à vivre et à comprendre le monde. On peut poser des mots sur les traumatismes qui traversent, non pas la société syrienne, mais le monde entier. C’est une forme de résistance qui commence par un travail sur la langue. Le poème est un texte suffisamment inachevé pour laisser une place de liberté et d’interprétation à celui qui le reçoit. C’est un espace éminemment démocratique".

La poésie n’a d’ailleurs pas de frontières. Dans sa maison d’édition, Bruno Doucey publie des poètes de toutes les origines, sous toutes les latitudes. "Plus les pays sont en souffrance, plus leurs identités sont menacées, plus la poésie leur apparaît comme une sorte de recours vital. Le mot poésie existe dans toutes les langues. On peut même considérer que la poésie est antérieure à la naissance de l’écriture" ajoute le poète.

L'ardeur, un thème aux multiples sens

La poésie est d’ailleurs un art littéraire très libre. Bruno Doucey ajoute que "nous sommes prisonniers de l’éducation que nous avons reçu et des images que nous avons reçues à l’école. On nous a beaucoup fait réciter de poèmes pour analyser nos capacités mémorielles ou pour analyser le texte comme si le professeur était devenu un médecin légiste de l’écriture, sans en faire ressentir la vibration. Oublions cela pour nous mettre dans la perspective la plus juste : le poète n’a d’autre outil pour s’exprimer que le langage humain".

Le thème retenu cette année pour la 20ème édition du Printemps des Poètes est l’ardeur. "Ce mot vient du latin ardere, qui signifie brûler, briller. C’est la passion, la fougue, l’effort, le feu qui nous anime. L’ardeur c’est un thème qui a de multiples sens. C’est aussi un terme maritime qui désigne la force dont le vent va frapper la voile arrière d’un petit bateau et le pousser en avant. C’est aussi un thème que l’on utilise en théologie pour parler de la position des anges dans la hiérarchie céleste" précise Bruno Doucey.

Les livres de poésie tiennent dans la durée

Cela fait 20 ans que le Printemps des Poètes existe en France. Une période qui a permis à la poésie d’évoluer dans l’hexagone. "Lorsque j’étais adolescent ou jeune homme, j’avais le sentiment que la poésie était réservée à un cercle restreint de spécialistes, d’initiés, qu’elle ne s’adressait pas à tout le monde. Cela a profondément changé. Aujourd’hui la poésie s’encanaille dans les cafés, dans la rue, dans les émissions de radio, dans les théâtres, dans les écoles. Elle est redevenue ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être, un art populaire capable de relier les hommes et capable de résorber cette ligne de fracture terrible dans notre pays entre une culture savante et une culture populaire" analyse l’éditeur.

Ce dernier affirme qu’éditer de la poésie, "c’est à la fois une pure folie, mais il y a un modèle économique. C’est une aventure. L’autre jour, un enfant me demandait ce qu’était un éditeur de poètes. Je lui ai répondu qu’être poète et éditeur de poètes c’est être deux fois pauvre et deux fois riche. Cette pauvreté n’est pas l’opposé de la richesse. C’est une autre richesse dont je veux parler. C’est un secteur qui est à la marge, mais qui s’inscrit dans la durée. Vous ne verrez jamais en librairie des piles de livre de poèmes comme pour les rentrées politiques ou littéraires, en revanche vous verrez des livres tenir dans la durée".

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Chaque matin, Stéphanie Gallet reçoit une personnalité au cœur de l’actualité nationale ou internationale. Décryptage singulier de notre monde et de ses enjeux, mais aussi découverte d’un parcours, d’un engagement. Au cœur de la grande session d’information du matin, une rencontre quotidienne pour prendre de la hauteur avec bienveillance et pour donner du sens à l’information.  

Le présentateur

Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.