La première image au monde d'un trou noir

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L'image de la semaine

vendredi 12 avril à 8h52

Durée émission : 3 min

L'image de la semaine

© EUROPEAN SOUTHERN OBSERVATORY AFP

David Groison revient sur la photo qui a fait sensation cette semaine, celle du trou noir.

L’IMAGE DE LA SEMAINE, C’EST UNE PROUESSE SCIENTIFIQUE, UNE PREMIERE DANS L’HISTOIRE DE L’HUMANITE. L’IMAGE D’UN TROU NOIR.

Ce n’est pas toutes les semaines que vous pouvez faire des lancements pareils. C’est historique. Un trou noir, c’était jusqu’à présent un phénomène théorique, la solution d’une équation mathématique. Mercredi, grâce au travail des chercheurs, on en a eu pour la première fois une image devant les yeux.
 

ALORS DE QUEL TROU NOIR S’AGIT-IL ?

On est allé chercher ce trou noir dans une autre galaxie. On imaginait bêtement que c’était le trou noir supermassif de notre Voie lactée qu’on allait détecter. Notre Voie lactée, qui contient notre système solaire, qui contient notre planète Terre. Et bien non, c’est le trou noir d’une autre galaxie, la galaxie M87. Parce que ce trou noir est mille fois plus gros que le nôtre.
 

UN PEU PLUS FACILE A VOIR DU COUP…

Moui. Il n’empêche : il a fallu combiner la puissance de huit télescopes, disséminés un peu partout dans le monde (au Chili, à Hawaï, en France, en Antarctique) pour capturer une image de ce trou noir situé à 53 millions d’années lumière de notre Terre.
 

ALORS QUE VOIT-ON ?

Un trou noir, par définition, c’est invisible. La force d’attraction d’un trou noir est tellement forte qu’il faudrait aller plus vite que la lumière pour en sortir. Du coup, la lumière elle-même est piégée. C’est pour cela qu’un "trou noir" s’appelle ainsi : il n’émet aucun rayonnement lumineux. Ce qu’on a capté, c’est le disque d’accrétion : de la matière qui tourbillonne à toute vitesse autour du trou noir. De la matière qui devient tellement chaude qu’elle émet une lumière intense.
 

C’EST CE QU’ON VOIT SUR LA PHOTO : COMME UNE BOUEE LUMINEUSE, UN CERCLE DE COULEUR JAUNE, ORANGE, AVEC LA PARTIE INFERIEURE ENCORE PLUS INTENSE QUE LE CROISSANT SUPERIEUR.

Oui, et au centre, ce n’est pas le trou noir, c’est son ombre. Le trou noir lui même est 2,5 fois plus petit que la partie sombre, qui apparaît sur l’image.
 

RIEN DE TRES SPECTACULAIRE, OBJECTIVEMENT…

Oui, c’est une photo toute pourrie. Enfin, toute floue. De celles qu’on vous rendait avec un autocollant "non facturé" quand on apportait nos pellicules à développer à la Fnac. Mais là, on a été facturé : 200 chercheurs ont travaillé sur le projet. Car ce n’est pas vraiment une photo. Les télescopes mis en réseau ont capté en une nuit d’observation deux petabytes de données. Deux millions de gigabits.

Et il a fallu ensuite deux ans de calcul pour obtenir cette image. Pour isoler les parasites des données véritables. Alors certes, l’image est un peu floue. Mais elle nous donne une info hyper précise : l’image correspond exactement aux modèles mathématiques. On avait tout juste ! Les scientifiques vérifient enfin en pratique, ce qu’ils avaient prouvé en théorie. C’est comme cela qu’avance la science. Et pour tous les esprits cartésiens, c’est forcément une très bonne nouvelle.

 

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Chaque vendredi dans la Matinale RCF, David Groison commente une photo de presse.

Le présentateur

David Groison

David Groison est rédacteur en chef du magazine Phosphore, édité par Bayard et destiné aux 14-19 ans. Il est également directeur des titres ados du groupe (Okapi, I love English) Il est enfin l'auteur de plusieurs ouvrages sur la photo chez Actes Sud Junior (Prises de vue, l'histoire vraie des grandes photos). Le matin, il a toujours une petite goutte de sueur au front : été comme hiver, il vient au studio à vélo. @DavidGroison