La réaction du gouvernement face aux "gilets jaunes"

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La chronique Économie

jeudi 15 novembre à 7h20

Durée émission : 3 min

La chronique Économie

Chaque jeudi Vincent de Féligonde vous propose sa chronique économie.

A trois jours de la mobilisation des «gilets jaunes», Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont voulu reprendre l’initiative.

Oui. Il leur fallait jouer finement : montrer qu’ils entendent le raz-le-bol des Français face à l’augmentation du prix de l’énergie - particulièrement ceux des territoires périphériques, qui n’ont pas le choix d’utiliser leur voiture et qui peuvent avoir des notes de chauffage astronomique -, tout restant en cohérents avec leur volonté de faire peser sur le pétrole _ et donc la pollution _ une partie des prélèvements fiscaux, plutôt que sur le travail. «On ne va pas annuler la taxe carbone, nous n'allons pas changer de pied, nous n'allons pas renoncer à être à la hauteur de cet enjeu qui est considérable», qu'est la transition écologique, a insisté le premier ministre.

Quelles mesures vous paraissent les plus significatives ?

Tout d’abord, Edouard Philippe a annoncé un renforcement de la prime à la conversion. Une mesure qui connaît un énorme succès puisqu’en 18 mois, 280 000 Français ont remplacé leur vieille voiture polluante en un modèle neuf ou d’occasion moins émetteur en CO2. L’objectif d’atteindre 500 000 véhicules durant le quinquennat sera doublé à un million.

Ça se passera comment concrètement ?

Les 20% de ménages les plus pauvre toucherons 4000 euros, voire plus, pour changer de voiture. Idem pour les actifs non imposables qui font plus de 60 kilomètres par jour pour aller travailler.
Les gros rouleurs qui utilisent une petite voiture de 3 ou 4 chevaux, donc peu polluante, comme une Peugeot 107 ou une Dacia Sandero, verront amélioré le barème de leurs indemnités kilométriques. Paradoxalement, cela favorisera plutôt les modèles diesel, qui émettent peu de CO2 mais beaucoup de particules fines.

Les mesures annoncées ne concernent pas que les automobilistes…

Non. Le gouvernement a aussi décidé d’aider les ménages qui se chauffent au fioul. Un mode de chauffage extrêmement polluant et dont le prix fluctue fortement avec les prix du pétrole. Il concerne environ un ménage sur huit contre un sur quatre en 1990. Il sert à chauffer en général des maisons rurales, peu rénovées et isolées et occupées par des ménages à faible revenus.
Tout d’abord, le chèque énergie, qui remplace les tarifs sociaux du gaz et de l’électricité, va passer de 150 à 200 euros en moyenne pour les 3,7 millions de ménages qui le touchaient jusqu’ici. Il bénéficiera à 2 millions de ménages supplémentaires.

Et il y a la surprise du chef : le remplacement des chaudières à fioul…

Oui. Edouard Philippe veut voir disparaître toutes les modèles individuels d’ici dix ans. L’Etat prendra en charge un tiers du coût du changement. Mais pour les remplacer par quoi ? Plus de quatre foyers sur dix qui utilisent le fioul ne sont pas à proximité d’un réseau de gaz naturel. Certains estiment que cette mesure est avant tout un moyen de sauver le parc nucléaire d’EDF…

Pensez-vous que cela peut apaiser les gilets jaunes ?

Difficile à dire. Le premier ministre a d’ores et déjà mis en garde hier ceux qui voudraient « mettre le bololo partout ».

« Mettre le bololo » ? On voit ce qu’il veut dire… C’est une expression qu’il a inventé ?

Non. C’est du « langage mili », militaire. Il s’agit d’un mot d’argot provenant des opérations extérieures en Afrique et désigne une situation chaotique, un grand désordre. Bololo, c’est le nom d’un quartier délabré de N'Djamena, la capitale du Tchad.

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Le présentateur

Vincent de Féligonde

Vincent de Féligonde est le chef du service économique et social au journal La Croix.