Le climat : un sujet à sortir des griffes des techniciens

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La chronique Écologie

mardi 1 octobre à 7h20

Durée émission : 3 min

La chronique Écologie

Une phrase lancée à l'adresse de Greta Thunberg qui ne laisse pas indifférent

Cette petite phrase était : « Le climat, c’est un problème technique, avec des solutions techniques, qui regardent les techniciens ». Je n’ai pas retenu l’auteur précis et peu importe car c’est un discours très répandu. Il revient à considérer que l’un des défis les plus graves que l’humanité ait eu à relever devrait être accaparé par la technique, même pas la science : la technique, autrement dit par un groupe de personnes autoproclamées compétentes et pour les autres, « circulez il n’y a rien à voir ». C’est une vision de l’écologie très dangereuse.

Quel est le danger ? s’il y avait une épidémie, ça regarderait bien les médecins.

Le vaccin regarderait les médecins. Mais s’il fallait prendre des décisions bouleversant durablement nos conditions de vie, au-delà d’un état d’urgence ponctuel, il y aurait un devoir de transparence et de débat vis-à-vis du citoyen, de la société. Sinon, en guise de médecin, on pourrait voir arriver un charlatan, qui dit ce qu’il veut, met au régime sec qui il veut et encaisse les bénéfices. Quoi qu’il arrive science et technique ont besoin d’un contexte démocratique pour éviter de dériver. D’autre part le climat n’est pas une épidémie ponctuelle mais un problème de fond, qui exige des réponses tenables dans la durée, et surtout la crise écologique n’est pas que climatique avec juste un problème de chimie. Il y a la biodiversité, les polluants, l’érosion des sols etc.

Mais même cette crise complexe pourrait relever d’une équipe de techniciens !

De fait, c’est comme ça qu’on fait de l’écologie depuis 30 ans. On cherche à régler tous ensemble ces problèmes comme s’ils étaient techniques. Pour les oiseaux on plante des haies, on dépollue les eaux, on retraite les déchets etc. Et le bilan aujourd’hui c’est que tout ça, c’est insuffisant : les indicateurs restent dans le rouge. L’économie que nous connaissons exige toujours plus de pétrole, de terres, de béton donc de sable, etc. Le « toujours plus » est inhérent à son mécanisme. Donc jamais on n’atteint l’équilibre. Toutes les mesures de réduction d’impact sont dépassées au fur et à mesure. D’où le constat que si on prend ces mesures à la hauteur du péril écologique, cette économie s’arrête. Donc, on ne le fait pas.

Voilà pourquoi il n’y a d’issue qu’en changeant de modèle, d’où bouleversement de nos vies. Et c’est ça qu’il ne faut pas laisser à l’arbitraire de techniciens. Qui va faire les choix, tracer les lignes, dire qui doit renoncer à quoi ? Ce n’est pas une affaire de techniciens. Cela exige un contrôle démocratique.

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Le présentateur

Johannes Herrmann

ornithologue, auteur avec Mahaut Hermann de La Vie Oubliée Crise d’extinction Agir avant que tout s’effondre Edition Première partie Membre de la rédaction de la revue Limite http://revuelimite.fr/ sur Twitter : @Taigasangare