"Le déclin du courage"

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L'édito du Père Antoine Guggenheim

lundi 3 décembre à 7h55

Durée émission : 2 min

L'édito du Père Antoine Guggenheim

Antoine Guggenheim vous propose son édito et son analyse de la colère sociale en France.

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"Le déclin du courage est peut-être ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui". Ces quelques mots d’Alexandre Soljenitsyne sont à méditer aujourd’hui (Discours de Harvard 1978).

La violence des anarchistes de droite et de gauche existera toujours. Elle se répand aujourd’hui rapidement à cause de l’entre-soi et du présentisme des réseaux sociaux. Mais quand des gilets jaunes pratiquent la même violence : c’est n’importe quoi ! Manque de courage ?

La violence, c’est la sortie de la politique. La violence est odieuse. La politique construit la paix par la justice. Si la population est majoritairement derrière le mouvement, comme on le dit, la violence est complètement illégitime. L’appel à la violence physique, psychique ou spirituelle, est une atteinte à la dignité humaine. La menace de violence est un crime. Manque de courage ?

Dire, comme certains : "la violence, les destructions de biens privés ou publics, les blessés, les morts, c’est la faute du gouvernement !", c’est n’importe quoi. Comment des adultes peuvent-ils dire cela ? Comment vont-ils éduquer leurs adolescents alors, qui sont souvent dans ce déni de responsabilité ! Reconnaître ses responsabilités, reconnaître ses fautes elles-mêmes, c’est le premier pas de la justice réparatrice dont nous avons tous besoin. Manque de courage ?

Si le mouvement est majoritaire dans le pays qu’attendent les syndicats pour inviter à la grève générale ? Ils contribueraient ainsi à chercher une sortie par en-haut, à transformer en une crise politique et sociale un mouvement qui se prétend majoritaire et se comporte en minorité insurrectionnelle. Manque de courage ?

Qu’un ministre ait un salaire de 7 Smic, qui trouvera cela anormal ? Pas moi. Mais qu’un chef d’entreprise, et son staff, aient des salaires de 100 Smic, 500 Smic ou 1.000 Smic : comment l’accepter ? Comment le concevoir ? Où vont-ils vivre pour échapper au sentiment d’injustice dont ils sont l’objet, quand il n’y a plus aucune mesure sensée à l’inégalité de salaires ? Où vont-ils installer leurs usines ? Où vont-ils éduquer leurs enfants ? Où vont-ils se faire enterrer ? Manque de courage ?

L’Etat, tous pouvoirs confondus, ne sait pas se réformer. Nos autorités démocratiques exercent leur mission, juste et nécessaire, dans une verticalité insupportable et contre-productive. Alexis de Tocqueville en avertissait pourtant déjà ses lecteurs, la démocratie peut être plus autoritaire et centralisatrice que la monarchie. Manque de courage ?

Les plateaux télé sont ouverts à tous et s’enrichissent de l’intelligence des Français qui ne font pas partie du cercle des experts : quel souffle ! On voit le monde différemment quand on ne gagne 5.000 euros par mois. Mais que des éditorialistes patentés écoutent des propos apocalyptiques sans répliquer, voire avec empathie, quel épuisement spirituel ! Manque de courage ?

Et les chrétiens dans tout ça ? Qu’ont-ils appris du Christ pour éclairer les consciences, être lumière du monde et ferment dans la pâte au milieu de ces violences ? L’attitude spirituelle que nous sommes appelés à vivre et à faire rayonner, ce n’est pas celle de l’Apocalypse, et de sa violence toujours à convertir, mais celle de l’Avent, douce lumière qui vient habiter l’obscurité de la nuit. Travailler à faire grandir la lumière qui vient, y compris à travers cette crise, qui est aussi spirituelle, c’est travailler à l’avènement d’un avenir plus humain à construire ensemble, au-delà des exclusions.

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Le présentateur

Antoine Guggenheim

Le Père Antoine Guggenheim est prêtre et chercheur. Il est cofondateur et directeur scientifique de l'association UP for Humanness. Il a fondé le Pôle de recherche du Collège des Bernardins (2008-2014). UP for Humanness est un réseau international de partenaires engagés pour mettre l’humain au centre de l’innovation dans l’éducation, l’entreprise, l’engagement social et la recherche.