Le lac des cygnes

Présentée par UA-149812

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L'édito de Sr Véronique Margron

dimanche 29 novembre 2020 à 7h55

Durée émission : 3 min

Le lac des cygnes

© Daniel Sturgess

Peut-être avez-vous vu cette vidéo d’une vieille dame,Marta Cinta Gonzales, ancienne ballerine espagnole désormais en chaise roulante et atteinte de la maladie d’Alzheimer...

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Le Lac des cygnes

Peut-être avez-vous vu sur les réseaux sociaux ou à la télévision cette vidéo saisissante d’une vieille
dame, coquette, casque sur les oreilles, Marta Cinta Gonzales, ancienne ballerine espagnole
désormais en chaise roulante et atteinte de maladie d’Alzheimer. Le soignant de la maison de
retraite lui tient la main, l’embrasse.
Elle s’illumine lentement quand résonnent les premières notes du Lac des cygnes et tente d’esquisser
quelques mouvements, puis renonce, se décourage. Puis, avec son regard lointain elle demande que
l’on augmente le volume. Peu à peu ses bras s’éveillent, l’émotion s’empare d’un visage émacié, voilà
même le port altier de la ballerine et elle dessine de ses mains la chorégraphie du ballet de
Tchaïkovski, avec une grâce et une minutie bouleversantes
Ce que donne à voir ces images, c’est comment, au creux d’un tel dénuement, se noue une
captivante conversation entre le corps et l’esprit ; où le corps réactive la mémoire de Marta Cinta
Gonzales.

Nos vies se façonnent avec les événements douloureux et heureux, traumatiques et constructifs,
comme avec les projets qui sont les nôtres. Le corps n’est ni une enveloppe ni un objet, il permet
l’esprit et l’esprit vient sculpter le corps. Et les gestes incroyables de Marta Cinta le racontent : toute
sa vie de ballerine est inscrite dans son corps.

Comment alors ne pas penser à ce propos de Paul Ricœur, « À la mémoire est attachée une ambition,
une prétention, celle d’être fidèle au passé. »
La chorégraphie raconte l’histoire de la ballerine, forme d’identité narrative nous dit Ricœur, fondée
sur l’histoire que le sujet se raconte à lui-même, sans cesse reconfigurée par tous les événements
que nous traversons. « Un sujet se reconnaît à l’histoire qu’il se raconte à lui-même sur lui-même, Il
est le lecteur et le scripteur de sa propre vie. »

Oui nos corps racontent nos vies, et tant de victimes de sévices, d’abus, de violence, en sont les
douloureux témoins. Mais aussi nos récits sans cesse remaniés forgent à leur tour nos existences, les
ouvrent si quelqu’un nous reconnaît, nous estime, nous espère.
Il n’y a pas une sorte de noyau dur, mais un travail continué qui rend souple et dynamique notre identité.

Là est notre espérance à chacun : si tout s’inscrit dans la chair de nos vies, au creux de notre âme, nos douleurs, nos malheurs
comme les douces couleurs de notre existence, son sens est aussi ouvert par la façon dont nous
« rassemblons » notre propre vie. Nous sommes bien les co-auteurs du sens de notre existence
quand une promesse de co-humanité nous est adressée.

Alors, du fond du dénuement, de la vie est là et peut sourdre. Comme pour Marta.

Véronique Margron op.

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L'émission

Le dimanche à 7h55

Tous les dimanches dans la Matinale RCF, l'édito de Sr Véronique Margron.

Le présentateur

Sr. Véronique Margron

Religieuse dominicaine, présidente de la CORREF (Conférence des religieux et religieuses de France) https://www.viereligieuse.fr sur Twitter : @veroniqueop