Le Louvre

Présentée par

S'abonner à l'émission

L'image de la semaine

vendredi 5 avril à 8h52

Durée émission : 3 min

L'image de la semaine

Le week-end dernier, le musée du Louvre célébrait les 30 ans de sa pyramide. Ce qui a donné lieu à une photo étonnante.

00:00

00:00

Oui, c’est une photo d’actu – on célèbre les 30 ans de la pyramide de verre. C’est aussi une photo artistique – c’est une installation du photographe JR. Et c’est une illusion d’optique, un trompe l’œil qui restera sans doute comme illustration dans des livres pour enfants, pour montrer comment on peut facilement duper notre regard.
 

ALORS DECRIVEZ NOUS CETTE PHOTO !

C’est un cadre classique, la cour du Louvre, prise en hauteur depuis l’aile Sully. Au centre, la pyramide de verre, voulue par François Mitterrand, imaginée et bâtie par l’architecte chinois leoh Ming Pei. On voit de chaque côté les majestueux bâtiments du musée, les ailes Denon et Richelieu. En arrière-plan, les jardins des Tuileries, l’arc de triomphe du Carrousel, un bout de Tour Eiffel. Une belle lumière d’aurore – avant que la foule ne se lève et ne marche sur le parvis. Mais autour de la pyramide, à la place des bassins et des pavés, on découvre stupéfait que TOUT a changé : des morceaux de falaises tombent dans un gouffre, d’où surgissent ce qui semblent être les fondations de la pyramide. Elle s’agrandit de plusieurs dizaines de mètres. En laissant circuler notre regard, on isole des portes secrètes, des excavations, des ruines antiques…
 

ON APERCOIT MEME UNE PETITE SILHOUETTE. UN HOMME PERCHE SUR UNE DES FALAISES, EN TRAIN DE REGARDER LE GOUFFRE…

Vous avez de bons yeux, Stéphanie. Bon, il faut dire aussi que ce petit homme est en couleur. Car tout le reste du trompe l’œil est en noir en blanc. Ce n’était d’ailleurs pas simple pour les 400 volontaires et amis de l’artiste, en bleu de travail, balais à la main, de coller 2000 bandes de 10 mètres chacune sur le sol et les bassins. Ce sont elles qui forment l’illusion finale. Mais eux ne voyaient rien – uniquement des motifs entre gris clair et gris foncé, des variations de points plus ou moins noir. Ils ne savaient rien du motif final. Ces étudiants, ces employés du Louvre, ces fans de l’artiste JR sont venus pour le plaisir de participer à une œuvre collective.
 

ET EPHEMERE !

Oui… La photo est belle. Mais ensuite, l’œuvre a été vite abimée. Comme le dit JR sur son site : « Les images, comme la vie, sont éphémères ». Le soleil a séché la colle, les pas des visiteurs ont tâché puis vite déchiré les bandes de papier. L’image était plus belle que la réalité. Comme l’a dit le grand photographe Henri Cartier-Bresson, la photographie est un couperet qui dans l’éternité saisit l’instant qui l’a éblouie. 
 

C’EST TRES BEAU. JR A-T-IL COMMIS D’AUSSI BELLES DECLARATIONS ?

Moins… Mais il s’amuse et il nous amuse. En mai 2016, il avait déjà joué avec le Louvre. Il avait collé sur un côté de la pyramide une photo en noir et blanc de la façade derrière – celle de l’aile Sully. Il faisait ainsi disparaître l’œuvre de leoh Ming Pei! C’était rigolo. Il a affiché des images de rabbins, de prêtres et d’imams en train de tirer la langue sur des murs à la frontière israélienne. Il a posé des regards de femmes sur les favelas de Rio. C’est un joueur. Il avait rencontré d’ailleurs ces dernières années, une autre artiste facétieuse. Agnès Varda. Ils ont fait un film ensemble, Visages Villages. Plusieurs œuvres. Alors j’en profite pour saluer ici la mémoire d’une photographe et d’une grande cinéaste, qui va beaucoup nous manquer.

 

Les dernières émissions

L'émission

Le vendredi à 8h52 et 15h15

Chaque vendredi dans la Matinale RCF, David Groison commente une photo de presse.

Le présentateur

David Groison

David Groison est journaliste, rédacteur en chef du magazine Phosphore.