Le tank et l’étudiant

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L'image de la semaine

vendredi 7 juin à 8h52

Durée émission : 3 min

L'image de la semaine

La photo du char et de l'étudiant est devenue célèbre, pour évoquer la révolte des étudiants place Tien An Men, à Pékin.

Oui, pas besoin de décrire longuement la photo, pour une fois, nos auditeurs l’ont tout de suite en tête. Un homme seul se tient debout devant une colonne de chars, qui traverse l’image en diagonale, dans une avenue déserte… C’est David contre Goliath, le faible contre le fort. Elle montre qu’un seul individu peut par un acte de courage incroyable stopper une armée, ne serait-ce que quelques minutes.
 

ON CONNAIT CETTE IMAGE MAIS MOINS SON HISTOIRE…

En mai 1989, les étudiants chinois réclament plus de démocratie. Pendant un mois, ça ressemble à un festival de rock, avec des tentes dressées sur la place Tiananmen, de la musique, des jeunes qui trainent. Le photographe Stuart Franklin est là, pour capter cet air de liberté. Mais la nuit du 3 juin, les troupes tirent dans le tas, abattent en une nuit des centaines de personnes.

Tout le monde coure, les balles fusent. Le photographe s’enfuit, arrive à rejoindre sa chambre d’hôtel. Quelques minutes plus tard, un autre photographe frappe à sa porte. C’est Charlie Cole, envoyé lui par le magazine Newsweek. Dans le hall de l’hôtel, les forces de l’ordre viennent de l’attaquer avec un pistolet électrique, de lui confisquer toutes les photos prises dans la soirée. Il raconte : "Ils voulaient aussi prendre mon appareil, mais j’ai réussi à les convaincre qu’ils pouvaient me le laisser, que je ne pourrai pas l’utiliser sans pellicule".
 

PARCE QU’A L’EPOQUE IL Y AVAIT ENCORE DES PELLICULES…

Et des forces de l’ordre qui musèlent la presse. Car le lendemain, les photographes sont confinés dans leur hôtel. Charlie Cole et Stuart Franklin ne peuvent plus sortir faire leur travail de journaliste. Alors ils se postent sur leur balcon. Ils voient de nouveau des soldats tirer sur des étudiants désarmés. Mais ils sont trop loin pour les prendre en photo. Les tanks quittent enfin la place pour remonter l’avenue Changan, où se trouve l’hôtel.

Et là, un homme arrive, et se place devant les chars. Evidemment, ils prennent des photos… Après, ça va très vite. Charlie Cole planque son film dans un sachet en plastique qu’il plonge dans la chasse d’eau. Et il place une autre pellicule dans l’appareil. Il fait bien : les forces de l’ordre débarquent et la lui confisquent. De son côté, Stuart Franklin arrive à sortir et confie sa pellicule à une étudiante qui la ramène en avion à Paris, cachée au fond d’une boîte de thé.
 

IL Y A DONC DEUX PHOTOGRAPHES POUR UNE MEME IMAGE

Quatre en fait ! À quelques étages en dessous, le photographe de l’agence AP, Jeff Widener grippé et blessé à la tête par un jet de pierre, a également pris la scène en photo. Il a confié, lui, la pellicule à un étudiant qui l’a caché dans son slip. Encore plus bas, se trouve le quatrième photographe, Arthur Tsang Hin Wah, de l’agence Reuters. Mais vous avez raison, Stéphanie, c’est une même image. Il y a des petits détails, en plus, en moins… Mais c’est un même cliché. Car au fond le véritable auteur de cette photo, ce n’est aucun des quatre. C’est cet homme solitaire et courageux, qui a disparu quelques minutes après être monté sur le char, après avoir tenté de discuter avec les militaires. Un étudiant chinois resté inconnu.

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Le vendredi à 8h52 et 15h15

Chaque vendredi dans la Matinale RCF, David Groison commente une photo de presse.

Le présentateur

David Groison

David Groison est rédacteur en chef du magazine Phosphore, édité par Bayard et destiné aux 14-19 ans. Il est également directeur des titres ados du groupe (Okapi, I love English) Il est enfin l'auteur de plusieurs ouvrages sur la photo chez Actes Sud Junior (Prises de vue, l'histoire vraie des grandes photos). Le matin, il a toujours une petite goutte de sueur au front : été comme hiver, il vient au studio à vélo. @DavidGroison