Le Trumpisme [en économie] n’est pas mort

Présentée par PR-24818

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La chronique Economie

vendredi 13 novembre 2020 à 7h20

Durée émission : 3 min

Le Trumpisme [en économie] n’est pas mort

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Quelles sont les conséquences de l'élection de Joe Biden sur les marchés financiers ? Et comment Donald Trump a-t-il marqué l'économie par son mandat ?

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Les marchés financiers sont des caméléons. Ils prennent la couleur de leur environnement. Wall Street vibrait à l'unisson avec la Maison blanche. Les magnats de l'extractivisme, de la presse ou de l'agroalimentaire se frottaient les mains en entendant "Make America Great Again", lorsque Trump attaquait la FED (la Banque centrale américaine) ou dérégularisait le marché du travail. La bourse était au plus haut. 

En fait, depuis la grande crise de 2008, tous les indices se sont remis au vert. Que ce soit sous Obama ou sous Trump, le Dow Jones Industriel, par exemple, n'a fait que croître pour atteindre chaque année de nouveaux sommets. On parle de période haussière sur plus de 10 ans. Tout s'est brutalement arrêté avec la crise du coronavirus. Wall Street a plongé, enfin pas vraiment, car elle a été sauvée par les gains vertigineux des fameux Gafam, Google, Apple, Facebook, Amazon et autre Microsoft, auxquels il faut maintenant ajouter Zoom et ses compères.

On croyait que les marchés financiers avaient une nette préférence pour Trump parce que Biden entend revoir la fiscalité des entreprises à la hausse, s'attaquer aux géants de la tech américaine et retrouver une orthodoxie budgétaire. Cela ne s'est pas vérifié. L'explication la plus répandue est que les marchés se félicitent du fait que le Congrès reste divisé et que Biden ne pourra que très difficilement augmenter les impôts sur les sociétés ou contraindre ces dernières à limiter leur émission de CO2. 

Les financiers ont horreur de l'incertitude

La finance est extrêmement agile, ce n'est pas pour rien qu'on parle d'argent liquide : elle va là où le courant l'emmène, à la recherche de la moindre opportunité. On sait que les financiers ont horreur de l'incertitude, et cela s'est encore vérifié avec la pandémie ou les hésitations durant le processus électoral. De là me viennent deux réflexions. D'abord que Trump, quoiqu'on en pense, était prévisible car la bourse voyait où il allait. Ensuite, que les incertitudes de l'élection sont terminées.  Dès l’annonce d’un vaccin disponible au printemps prochain, les bourses sont reparties de plus belle.

Même si on a finalement l’impression que rien ne change jamais, Trump va laisser de fameuses traces, cicatrices ou boussole selon chacun. Le trumpisme est bien vivant et il ne disparaitra pas de sitôt.

Qu'est-ce que le trumpisme ?

Wikipédia définit le trumpisme politique comme un positionnement conservateur de droite, teinté de populisme et de nationalisme, proche des mouvements évangéliques et des démocraties illibérales, telles que l’Inde ou la Hongrie.  Le monde selon Trump me fait penser au comportement des grands primates : les alphas ne tolèrent pas de concurrents sur leur territoire bien délimité. D'un côté, cela est rassurant pour leurs proches, car ils sont protégés par le plus fort.  Cependant, même King Kong, au sommet de l’Empire State Building, est capable de délicatesse vis-à-vis de la frêle Ann.  Comme le déplore François dans Fratelli tutti : « Aujourd’hui, on n’a ni l’habitude ni assez de temps et d’énergies pour s’arrêter afin de bien traiter les autres, de dire “s’il te plait”, “pardon”, “merci”. » (FT 224) Oui, force et respect ne s’excluent pas. On l’a vu, l’un sans l’autre mène à la défaite.

En économie, on retrouve cette conception d'un monde en lutte, comme un perpétuel combat de boxe entre puissants. L’économie trumpiste est un ring, où il n'y a ni règle, ni arbitre. Être fair-play ou mauvais perdant n'a pas de sens, il n'y a qu'être vainqueur qui compte, peu importe si pour cela, il faut ruser avec la vérité des chiffres. Mais lorsque le ring est envahi par des fourmis, le boxeur est perdu avec ses gros gants. Il a beau se débattre, il perd le contrôle de la situation. Si l’éléphant républicain fut terrassé par la fourmi du Covid, le trumpisme est loin d’avoir rendu son dernier souffle.
 
 

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