LE VIRUS

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L'image de la semaine

vendredi 24 janvier à 8h52

Durée émission : 3 min

LE VIRUS

C'est une photo prise hier, à Wuhan, en Chine, dans l'épicentre de l'épidémie du Coronavirus

Ce n’est une photo pas facile à décrire, tant il s’y passe de choses. Les photos que l’on décrypte chaque vendredi dans votre matinale et qui font la Une ailleurs de l’actualité, sont souvent bien plus simples. Elles ont deux plans : un héros, ou disons les protagonistes de l’actu, au premier plan et un décor, au second. Là, c’est une photo qui fourmille de détails, qui multiplie les plans et où notre regard circule de toute part pour essayer de comprendre la situation. Mais c’est du coup une image très riche.

On est dans un supermarché. On identifie assez vite le décor, car on voit de nombreux rayons, qui multiplient le nombre de plans d’ailleurs, et on les voit bien car la photo est prise d’en haut, en plongée. Le photographe a l’air d’être sur une échelle, ou d’être montée sur les caisses. En tous cas, il nous permet d’avoir un regard surplombant sur la situation. Au premier plan, on voit des Chinois en train de tenir des caddies remplis à ras bord. Derrière eux, d’autres sont en train de se servir, au milieu de rangées de Coca-Cola, de bouteilles d’alcool, de bidons d’huile, de chips, et de boites d’œufs. On comprend aussi tout de suite qu’on est en Chine, car ils ont tous le faciès chinois.

On est en Chine, en pleine épidémie. Et ça aussi, on le voit sur la photo car ils ont tous un masque de protection. Les jeunes femmes, comme les jeunes hommes. Les personnes plus âgées. Ceux de devant, ceux de derrière. Ils sont plus d’une quarantaine sur la photo et ils ont tous un bandeau sur le nez et sur la bouche, accrochés derrière les oreilles. Comme dans le jeu « cherchez charlie », on passe de l’un à l’autre. Et pas un ne fait exception à la règle. Comme un vrai signe de propagation de l’épidémie.

Le port du masque est désormais obligatoire en Chine, et on voit une autre anomalie par rapport à une scène de supermarché classique : les quatre clients du premier plan sont tous le nez rivé sur leur téléphone portable. Ca aussi, ça surprend. Comme s’ils suivaient les actus en temps réel. Et c’est vrai que ça bouge vite : les rues ont été barrées, les gares et les aéroports bloqués, toutes les voitures cherchant à fuir sont inspectées : on prend la température de chaque habitant. La ville de Wuhan est bouclée. Plus rien ne rentre, plus rien ne sort. Alors évidemment, ils ont raison de suivre l’actu en temps réel.

Il y a aussi de grands panneaux rouges et dorés, comme on en trouve tout le mois de décembre dans nos magasins à nous. « Happy New Year » écrit en anglais et en chinois. Et dessinés, une petite souris avec une corne d’abondance, des bottes, des éventails, des poissons, autant de signes de la fête : c’est l’année du rat que l’on va célébrer en Chine. Autant de signes pour dire l’abondance, le repas pantagruélique.  Et c’est plus décalé que jamais, dans une ville coupée du monde. Où on annonce déjà des magasins vidés, des stations services où il n’y a plus d’essence. Et des vraies risques de pénuries. Deux autres villes ont depuis, elles aussi été placées en quarantaine. Les festivités du Nouvel an annulées à Pékin. Cette photo là est compliquée, mais elle raconte tout ça.
 

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Chaque vendredi dans la Matinale RCF, David Groison commente une photo de presse.

Le présentateur

David Groison

David Groison est rédacteur en chef du magazine Phosphore, édité par Bayard et destiné aux 14-19 ans. Il est également directeur des titres ados du groupe (Okapi, I love English) Il est enfin l'auteur de plusieurs ouvrages sur la photo chez Actes Sud Junior (Prises de vue, l'histoire vraie des grandes photos). Le matin, il a toujours une petite goutte de sueur au front : été comme hiver, il vient au studio à vélo. @DavidGroison