Les briques de Hong-Kong

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L'image de la semaine

vendredi 22 novembre à 8h52

Durée émission : 3 min

Les briques de Hong-Kong

© Mong Kok Tam Ming Keung/United Social Press

Un drôle de paysage cette semaine : une rue vidée de ses passants, avec des briques disséminées sur le sol ...

Certaines briques sont cassées, mais elles ont la même couleur, la même forme. Le photographe s’est placé au milieu de la chaussée, au milieu d’une rue où passent normalement quatre rangées de voitures. On le devine grâce au marquage au sol. Une rue d’une grande ville, d’une mégalopole, car sur les côtés, jusqu’au point de fuite, on voit des immeubles immenses, des buildings qui sortent du cadre, tous à touche touche. La rue est éclairée par des lampadaires - c’est la nuit - mais aussi par des enseignes lumineuses, des restaurants, des commerçants. Si on s’arrête sur ces enseignes, on reconnaît des caractères chinois et des inscriptions en anglais. Ca nous donne un indice sur le lieu.
 
Vous avez bien deviné, c’est à Hong Kong. Tout semble correspondre aux vues habituelles de cette grande ville chinoise. Sauf deux choses. La rue est vide : pas de voiture, pas de passants. Dans la deuxième moitié de l’image, on voit juste deux garçons en short et en pantalon décontracté traverser sur un passage piéton. Sinon, c’est le désert. Et c’est bizarre, car les facades des immeubles nous promettent une vie nocturne animée. Et l’autre élément étonnant, c’est cette présence de centaines de briques sur la chaussée. Des briques verticales, horizontales, comme jetées là, ou tombées d’un camion.

Ce qui étonne, c'est que chaque brique est bien éloignée des autres, on dirait presque une installation artistique.
 
Vous avez prononcé le bon mot : c’est une installation. Les manifestants ont posé au sol ces briques, délicatement, une par une, pour empêcher les chars et les véhicules de la police de circuler. Pour créer des obstacles. On a beaucoup vu circuler cette photo accompagnée d’une autre, qui semblait suggérer que les manifestants collaient les briques par terre. Ce n’est pas le cas : elles sont le plus souvent juste posées. Elles peuvent servir aussi de portants. On a vu des manifestants y déposer des longs bâtons en bois pour rendre leur barrage amateur encore plus efficace.

Dans Phosphore, on interviewe Marco, un HongKongais de 16 ans, qui raconte comment il a créé avec les jeunes des autres lycées un mur de post-it avec des messages appelant à plus de démocratie et de liberté. Avec d’autres, il a ensuite eu l’idée de faire une chaîne humaine pacifique, 3000 garçons et filles qui se sont tenus par la main dans les rues de leur quartier. On a aussi vu des jeunes brandir des panneaux lumineux, « Free HK ».
 

 On pourrait citer des dizaines d’exemple comme ceux là. Les manifestants ont bien compris que pour rester dans l’actualité, pour que leurs revendications aient une chance d’être entendues, ils devaient continuer à attirer l’attention du monde entier. Créer notre curiosité, susciter notre étonnement – nous qui avons malheureusement déjà vu tellement de révolutions, de manifestations, de marches pour la paix. La sympathie, l’empathie, est ainsi du côté de ces combattants de la liberté. Et leur créativité, ces images sans cesse renouvelées n’y sont pas pour rien.

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Chaque vendredi dans la Matinale RCF, David Groison commente une photo de presse.

Le présentateur

David Groison

David Groison est rédacteur en chef du magazine Phosphore, édité par Bayard et destiné aux 14-19 ans. Il est également directeur des titres ados du groupe (Okapi, I love English) Il est enfin l'auteur de plusieurs ouvrages sur la photo chez Actes Sud Junior (Prises de vue, l'histoire vraie des grandes photos). Le matin, il a toujours une petite goutte de sueur au front : été comme hiver, il vient au studio à vélo. @DavidGroison