"Les Chatouilles", d’Andrea Bescond et Éric Metayer

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La chronique Cinéma

mercredi 14 novembre 2018 à 8h52

Durée émission : 3 min

"Les Chatouilles", d’Andrea Bescond et Éric Metayer

Chaque mercredi Valérie de Marnhac vous propose une chronique sur une film qui sort en salles.

J’ai choisi aujourd’hui de vous parler du film Les Chatouilles, d’Andrea Bescond et d’Eric Metayer, sur un sujet grave effectivement mais un film lumineux et nécessaire. Les Chatouilles c’est l’histoire d’Odette, une petite fille de 8 ans abusée sexuellement par le meilleur ami de la famille et qui va se reconstruire progressivement grâce à la danse, à la parole et à l’amour d’un homme.

Alors le film est en réalité l’adaptation d’une pièce de théâtre, écrite et jouée par Andrea Bescond. Elle l’a écrite pendant sa grossesse, sur les conseils de son compagnon Eric Metayer. Puis la pièce a été jouée au festival Off d’Avignon en 2014 et son succès a été tel que le projet d’en faire un film ensemble est né. Pas facile de passer d’un « seule-en-scène » au grand écran mais le résultat, pour un premier film en plus, est absolument saisissant.

D’abord parce que c’est un film lumineux, dans tous les sens du terme, et qu’il nous montre à quel point les forces de vie peuvent triompher des ténèbres. Dès la première scène, Odette adulte danse sous les projecteurs, sur un fond noir opaque, dans le seul mode d’expression qu’elle a trouvé pour se réapproprier son corps. Le film ensuite est plein d’idées de mises en scène, autour des nombreux allers-retours entre l’enfance et l’âge adulte, entre le récit de ses souvenirs et ses rêves de petite fille, dans un ton à la fois direct, bouleversant et souvent drôle ! Le montage en flash-backs, est toujours dans le mouvement et épouse parfaitement le chemin complexe qu’emprunte la mémoire traumatique.

Les Chatouilles fait ainsi la lumière sur une réalité peu abordée au cinéma, hormis récemment par le film Polisse de Maïwen. Une lumière vive mais sans voyeurisme ni misérabilisme. On ne verra rien des violences qu’elle a subies, si ce n’est une porte de salle de bains qui se referme… et qui en dit long sur l’emprise des adultes et le silence des enfants dans ces situations.
 
 Le film est autobiographique, l’histoire d’Odette c’est celle d’Andrea, le témoignage de sa reconstruction aujourd’hui est d’autant plus fort. Elle a traversé une adolescence difficile, en prise avec tous les excès, et affronté adulte la culpabilité des victimes et le déni ou l’aveuglement de son entourage. L’absence d’empathie de sa mère (jouée magistralement par Karin Viard), cadenassée dans sa propre histoire probablement, illustre de manière glaçante la peur du « qu’en dira-t-on » et le souci fréquent des proches de préserver l’existant au détriment des victimes.

Les deux réalisateurs ne jugent jamais leurs personnages mais déroulent sous nos yeux effarés la banalité d’un mal ordinaire et signent ici un film pour tous les hommes de bonne volonté, prêts y faire face. Grâce à la distance qu’offre le cinéma, il nous éclaire avec pudeur sur l’impensable et sur l’indicible, et donne chair à l’avalanche des chiffres affolants de l’actualité.

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Valérie de Marnhac

Valérie de Marnhac est membre de l'association SIGNIS, pour qui elle anime des ciné-débats, et a participé aux Jurys œcuméniques des Festivals de Cannes, Fribourg, Téhéran...