Les "chômeurs invisibles" face à la crise

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La chronique Economie

vendredi 9 octobre à 7h20

Durée émission : 3 min

Les "chômeurs invisibles" face à la crise

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Salariés en fin de CDD ou de contrats d'intérim, travailleurs indépendants, beaucoup se retrouvent sans emplois à cause de la crise au risque de basculer dans la précarité.

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Nous, médias, avons tendance à parler des plans sociaux touchant des grosses entreprises : Nokia, General Electric, Figeac Aero, Camaïeu, ADP… C’est évidemment toujours un choc, surtout si le site concerné est le ou l’un des principaux employeurs du ou des bassins d’emplois concernés. Mais du fait de leur taille, de la présence de syndicats organisés et éventuellement du battage médiatique, les pouvoirs publics sont très attentifs au fait que les salariés concernés puissent bénéficier de d’aides et autres formations pour les aider à se reconvertir.

En réalité, ces « plans de sauvegarde de l’emploi » - particulièrement mals nommés -, n’ont représenté moins d’un dixième des quelques 715 000 suppressions de postes entre début mars et fin septembre. Les destructions d’emploi sont surtout le fait du non-remplacement de salariés ayant quitté les entreprises pour cause de départ à la retraite ou démission. Mais aussi la non reconduction de contrats à durée déterminée, que ce soit des CDD ou de l’intérim. Quand l’avenir est très incertain, les entreprises évitent d’embaucher et se séparent des plus précaires.

Pour beaucoup d’entreprises, notamment dans le transport aérien, le tourisme ou l’industrie automobile, ce n’est pas seulement l’avenir qui est incertain. C’est le présent… Et pourtant, elles ne licencient pas. Pour l’instant, l’emploi en contrat à durée indéterminée (CDI) s’est relativement bien tenu, grâce au dispositif d’activité partielle, qui fait que l’Etat prend en charge l’essentiel des salaires à la place des entreprises. A la fin de l’année, 550 000 personnes devraient être en activité partielle. Sans elle, le nombre de chômeurs supplémentaires serait de 1,3 million. Et en réalité beaucoup plus…

Aux personnes en fin de contrat d’intérim ou de CDD, on peut ajouter des centaines de milliers d’auto-entrepreneurs qui ont perdu tout ou partie de leurs activité, ces maîtres d’hôtels, guides conférenciers ou autres traducteurs free-lance, qui ne peuvent toucher le chômage et n’apparaissent donc pas dans les statistiques. L’OFCE évalue leur nombre à 1,2 million.

Cela se traduit concrètement par une hausse de la pauvreté. Les associations caritatives notent une hausse de près d’un tiers du nombre de bénéficiaires de l’aide alimentaire, les demandeurs du RSA ont cru de 10%, les impayés de loyers dans les HLM augmentent. D’ici la fin de l’année, un million de personnes supplémentaires pourraient avoir basculé dans la pauvreté. Le premier ministre Jean Castex doit présenter le 17 octobre, à l’occasion de la journée mondiale du refus de la misère, les mesures que le gouvernement compte prendre pour leur permettre de garder la tête hors de l’eau. Espérons qu’elles seront à la hauteur.
 

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Les présentateurs

Vincent de Féligonde

Vincent de Féligonde est chef du service économique et social de La Croix. Il y a débuté sa carrière, puis a été correspondant des Echos en Allemagne, chef du service web, avant de revenir à La Croix pour en diriger les services international, puis économique. Sa passion : rendre intelligibles les grandes évolutions de l’économie @VdeFeligonde

Marcel Rémon

Marcel Rémon dirige le Centre de recherche et d'action sociales (Ceras).