Les salariés de la Fonderie de Bretagne mobilisés contre la vente de leur usine

Présentée par PR-29365

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Le dossier du jour

lundi 3 mai à 7h13

Durée émission : 7 min

Les salariés de la Fonderie de Bretagne mobilisés contre la vente de leur usine

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Contrairement à 2020, cette année, les manifestations du 1er mai ont bien eu lieu. Celle d'Hennebont (Morbihan) a été marquée par la lutte des salariés de la Fonderie de Bretagne.

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Chaque année, le 1er mai, jour de la fête du travail, les syndicats appellent les Français à descendre dans la rue. Contrairement à 2020, cette année, les manifestations ont bien eu lieu. La manifestation d'Hennebont (Morbihan) a été marquée, cette année, par la lutte des salariés de la Fonderie de Bretagne. Les salariés ont participé au défilé avant l'organisation d'une table-ronde sur l'avenir de la filière automobile. L'usine, basée à Caudan, tout près de Lorient, est au cœur d'une lutte qui ne cesse de prendre de l'ampleur.

Des salariés mobilisés contre la cession de leur site de production

Il y a un mois, le groupe Renault annonçait qu’il cherchait un repreneur pour cette usine qui produit des pièces de fonderie et d’usinage pour l’industrie automobile. Une décision déjà envisagée dès l’année dernière lorsque le groupe avait détaillé son plan d’économies et de réorganisation industrielle. Finalement, au terme de plusieurs semaines de mobilisations, on annonçait aux salariés l'organisation d'une revue stratégique de plusieurs mois sur pour étudier l'avenir du site. Ils avaient accueilli la nouvelle par une explosion de joie.

Mais dès le bilan, le couperet tombe : Renault confirme sa volonté de céder le site. La lutte reprend. Les salariés multiplient les contacts. Jusqu'à mardi dernier où le blocage du site commence. Depuis, une centaine de salariés se relaient jour et nuit. 7 cadres de l'entreprise ont été retenu avant d'être libérés mais le blocage continue. Malgré les appels au calme de Renault, les salariés ont passé le week-end sur place. "On a rencontré toutes les personnes qu’on pouvait rencontrer jusqu’au ministère de l'Économie, sauf que y a pas d’actes. On nous dit que le dossier est vide au niveau d’une reprise", lâche Mael le Goff, délégué CGT de la Fonderie de Bretagne.

La lutte est historique sur le site de Caudan. "En 2009, on s’est retrouvé en liquidation judiciaire et depuis il y a eu de l’investissement. En 2019 on a subi un incendie. On nous a fait croire qu’on allait mettre en place des choses pour améliorer la performance", se souvient Mael Le Goff. Cette nouvelle annonce de Renault tombe comme un coup de grâce pour les 350 salariés de Caudan.

Le soutien des élus

Les salariés ont reçu de nombreux soutiens. Des élus, députés, sénateurs, maires, se mobilisent pour l'avenir de la Fonderie de Bretagne. Une réunion en visioconférence a été organisée avec la Ministre déléguée à l'Industrie. Une délégation de salariés a d'ailleurs été reçue au Ministère de l'Economie il y a quelques jours. Parmi les élus qui apportent leur soutiens : Loig Chesnais Girard, le président de la Région Bretagne. Il était à Lorient quand les 7 cadres de la Fonderie étaient retenus par les salariés. "La Bretagne ne peut pas se passer d’industrie. On ne peut pas dire 'on veut garder nos usines' et 'on veut passer à l’électrique'. Il faut donner sa chance à la Bretagne", affirme-t-il.

Il y a quelques semaines, une manifestation réunissait, sur le parking de l'usine, près de 1000 personnes. Sur place notamment : le député de la France insoumise Alexis Corbière, venu "pour défendre l’emploi, apporter une solidarité auprès des salariés"

Une mobilisation qui dépasse le cadre local

L'inquiétude des salariés de la Fonderie de Bretagne est à l'image de l’inquiétude de toute une filière. Ailleurs, dans la Vienne par exemple et dans l’Indre, trois fonderies ont été placées en redressement judiciaire. Sur un total de 50.000 salariés dans les fonderies françaises, 13.500 travaillent exclusivement pour l’automobile. Mais, selon une étude du cabinet Roland Berger, rendue en juin 2020 à l'État, entre 4 000 et 5 000 de ces emplois pourraient disparaître d’ici dix ans.

La chute de la fonte aurait été accélérée par la délocalisation de la production automobile, par le recul des moteurs diesel mais aussi par l'effondrement du marché à cause de la pandémie. La fédération Forge Fonderie évoque, des évolutions prévisibles mais plus rapides que prévu. Et des fonderies fragilisées notamment par des années de pression sur les prix. Le Ministre de l'économie résume la situation : "Notre outil de production est trop petit, trop dispersé sur le territoire. Nous sommes trop concentrés sur les métaux ferreux alors même que nous savons qu’ils vont être moins utilisés dans les véhicules électriques". L'étude du cabinet Roland Berger estime toutefois qu'une action concertée entre l'État, les donneurs d'ordres et les fondeurs, pourrait sauver 2.900 emplois notamment en diversifiant le secteur.

La semaine dernière, on rappelle qu'un plan de soutien a été annoncé par le gouvernement pour tenter de sauver les fonderies. Il comprend, entre autre, un fond exceptionnel de 50 millions d'euros, abondé notamment par Renault, pour la reconversion des salariés. Des consultants spécialisés devraient également aider les entreprises à identifier les segments de marché les plus attractifs et les nouveaux clients potentiels. Ces annonces ont été très mal reçues par les salariés de la Fonderie de Bretagne. C'est aussi l'un des éléments déclencheur du blocage du site.

Nous avons tenté de joindre les responsables de Renault en vain. Mais depuis la semaine dernière le groupe appelle à l'apaisement, au déblocage du site de Caudan : "La recherche d'un repreneur suit son cours afin de maintenir les activités et d'assurer la pérennité des emplois. Ce processus doit se poursuivre dans le dialogue et le calme". Les salariés, à bout, se disent eux déterminés à aller au bout.

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Le présentateur

Claire Le Parc

Journaliste à RCF depuis 2010, aujourd’hui Chef de Rédaction, Claire cultive la proximité, la rencontre et la recherche de sens. Elle aime la radio pour son immédiateté et sa chaleur humaine. Morbihannaise et fière de l’être, elle aime, plus que tout, valoriser son territoire et les habitants qui l’animent.