Liban, avant la laïcité, la citoyenneté

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L'édito d'Isabelle de Gaulmyn

mardi 1 septembre à 7h55

Durée émission : 3 min

Liban, avant la laïcité, la citoyenneté

© DR

Le Liban, qui reçoit une nouvelle fois la visite du président Emmanuel Macron, célèbre son centième anniversaire dans le contexte d'une crise politique profonde.

Drôle d’anniversaire, que ces 100 ans du Grand Liban qu’Emmanuel Macron est venu célébrer à Beyrouth ce matin. Ravagé depuis des mois par une crise multiforme, et touché en plein cœur, le 4 août, par l’explosion de plusieurs milliers de tonnes de nitrate d’ammonium dans le port de Beyrouth, le pays n’a pas la tête à faire la fête. Drôle anniversaire, qui met la lumière sur cette constitution très particulière par la France d’alors d’un État multiconfessionnel: le 1er septembre 1920, le général Gouraud, haut-commissaire d’une république française ultra-laïque créé le grand Liban, assis entre le patriarche maronite et le mufti de Beyrouth, entourés des responsables des autres confessions religieuses.

Cent ans après, chacun s’accorde pour trouver au système multiconfessionnel tous les défauts, et en faire le bouc émissaire de la corruption qui règne depuis des années au Liban. Mais faut-il pour autant brandir la laïcité comme réponse, une laïcité à la française qui n’aurait pas grand sens au Proche-Orient ? Alors que le président Michel Aoun, qui n’en est pas à une contradiction prêt pour conserver le pouvoir, propose lui-même que « le Liban soit déclaré État laïque », il faut sans doute se méfier. Car tout de même, Michel Aoun est lui-même soutenu par un mouvement islamiste, le Hezbollah, dont le nom signifie « parti de Dieu ». On voit mal comment cette formation pro-iranienne pourrait accepter de distinguer État et religion ! Et au sein des maronites, les résistances aussi sont grandes. Pour de nombreux Libanais, la communauté confessionnelle reste un élément déterminant de l’identité et un espace de solidarité, voire de protection.

Oui, le Liban est un pays multiconfessionnel. Malgré tous ses défauts, et il y en a, il faut noter que ce fait est devenu rarissime dans cette région du monde où règne l’intolérance religieuse, où le pluralisme a été progressivement effacé de tous les pays. Il n’y a qu’au Liban que l’on peut prendre un verre à une terrasse de café en plein Ramadan si l’on n’est pas musulman, sans choquer, et où les femmes qui portent le voile côtoient celles qui n’en ont pas. Brandir la laïcité, c’est ignorer toute la complexité de la région. Plutôt que de laïcité, il vaudrait mieux parler de citoyenneté. Lorsque les jeunes libanais ont uni leurs efforts pour sortir les blessés et morts des décombres, ils ne l’ont pas fait comme maronites, chiite, ou sunnites. Mais comme libanais. C’est sans doute sur cette jeune classe, qui manifeste courageusement depuis des mois dans les rues, qu’il faut reconstruire le Liban, à partir de la notion d’une citoyenneté inclusive, inclusive de la diversité sociale et aussi de la diversité religieuse.
 

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