Logement : besoin de régulation publique

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L'édito de Jean Merckaert

lundi 4 juin à 7h55

Durée émission : 3 min

L'édito de Jean Merckaert

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En France, 4 millions de personnes sont mal logées. 900 000 n’ont même pas un logement à elles – alors elles dorment chez un tiers, dans leur voiture ou à la rue. Priver quelqu’un d’un toit, c’est le priver d’un lieu de retrait, d’un lieu d’intimité pour se construire. Mais tout se passe comme si cette situation indigne de notre pays, l’un des plus riches du monde, faisait partie du paysage. La Fondation Abbé Pierre et quelques autres s’en scandalisent chaque année, à la même période, mais après, plus rien, ou presque. Alors nous avons décidé d’y consacrer le dernier numéro de la Revue Projet[1].
 
Il faut dire que ces 4 millions de personnes ne sont pas organisées en syndicats pour descendre dans la rue. En réalité, le scandale ne prendra fin que si le logement de chacun devient notre affaire à tous. C’est le titre de notre numéro. C’est aussi l’intuition de l’association Solidarités nouvelles pour le logement, qui fête ses 30 ans et qui permet à des groupes de personnes de proposer, localement, des réponses concrètes. Voilà un lieu, comme aussi Habitat et Humanisme, où tout un chacun peut s’investir et qui montre la voie au politique.
 
Car quand le marché du logement se convertit en machine à exclure, le politique est indispensable. La donne est assez simple : jusqu’à l’an 2000, les prix de l’immobilier ont augmenté, car le confort s’améliorait, mais à peu près au même rythme que les revenus. Depuis, les prix se sont envolés sans que les revenus en suivent. C’est vrai en moyenne pour toute la France, et c’est encore plus marqué dans les grandes villes. A Paris, les prix ont été multipliés par 3 en moins de 20 ans ! Le m² vaut près de 10.000€.
 
10 000 € le m² ! Les propriétaires se réjouissent peut-être, mais la barrière est infranchissable pour tous les nouveaux entrants sur le marché du logement - les jeunes, les travailleurs précaires, les migrants… Les occupants d’un logement social, eux, n’ont plus très envie de le quitter quand le logement privé coûte si cher. Au total, on aboutit à une situation aberrante : notre société promeut le travail et le mérite, mais depuis 20 ans, le premier facteur d’enrichissement, c’est l’augmentation des prix du logement ! On vante la mixité sociale, mais les prix du logement font de certains quartiers de véritables ghettos de riches !
 
Au fond, cette situation résulte d’une somme de stratégies individuelles parfaitement légitimes – mettre les siens à l’abri, investir pour ses vieux jours, transmettre un patrimoine… Mais la somme de ces calculs individuels – autrement dit, le jeu du marché – est incapable d’assurer le bien commun. Contrairement à ce que prépare la loi ELAN, soutenir l’offre, par la construction de nouveaux logements, ne suffira pas. Il faut une régulation publique forte. Des villes, comme Rennes depuis l’après-guerre, ou Lille plus récemment, montrent que c’est possible, en partant d’un principe simple : le bâti peut faire l’objet d’une appropriation privée, mais le sol, en revanche, appartient à tous. Dès lors, si le prix augmente du fait de la localisation du logement, la plus-value revient à la collectivité. Chez les chrétiens, on appelle ça la destination universelle des biens.

[1] Voir également l'édito de Jean Merckaert dans le dernier numéro de la Revue Projet.

 

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