Los Silencios

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La chronique Cinéma

mercredi 3 avril à 8h52

Durée émission : 3 min

La chronique Cinéma

Ce film de Beatriz Seigner est son deuxième long métrage. Elle est encore jeune mais elle fait preuve d’une grande maturité dans la construction de son récit.

ALORS QUE NOUS RACONTE-T-ELLE ?

Elle aborde un sujet délicat, celui des familles décimées par la guerre civile en Colombie.  Mais elle le fait avec une infinie douceur et beaucoup de sérénité, en offrant à ces familles un chemin singulier de paix et de pardon.
 

Dès la première scène, on est plongés dans une atmosphère à la fois paisible et inquiétante. Une barque silencieuse glisse sur l’eau dans l’obscurité. On n’entend que les bruits amplifiés de la jungle tout autour. Puis le faisceau d’une lampe torche apparait et une voix appelle : "Venez, je n’arrive pas à croire que vous êtes vivants".
 

ALORS A QUI S’ADRESSE-T-ELLE ?

A une mère, Amparo, et à ses deux enfants de 9 et 12 ans qui ont fui les combats entre les FARC et les paramilitaires, où leur père a été tué. Ils sont accueillis par une tante, sur une ile entre deux mondes, à la frontière avec le Brésil et le Pérou, au milieu de l’Amazone, où l’eau recouvre la terre quatre mois par an.

Dans un premier temps, le film se rapproche plus de la chronique sociale. On suit les difficultés d’Amparo à trouver un logement, du travail, à inscrire ses enfants à l’école ou à leur payer un uniforme.
Et puis, petit à petit, apparaissent des éléments étranges qui font glisser le récit de manière imperceptible vers le surnaturel, dans une sorte de réalisme magique, cher à la littérature latino-américaine.
 

OU CHERCHE-T-ELLE A NOUS EMMENER ALORS ?

Le film bascule alors dans une fable poétique où la frontière se brouille entre les vivants et les morts. En les personnifiant comme des êtres de chair, la réalisatrice rend visible, l’invisible et redonne une espérance aux hommes. C’est un film très sensoriel avec un soin particulier apporté au son et à l’image. Il nous laisse le temps d’intégrer progressivement ce que nous voyons, dans de longs plans fixes. Et chaque plan est aussi précisément cadré que si c’était une photographie. Le travail sur les couleurs transforme ces lieux pourtant misérables en de vrais tableaux et elles redonnent une dignité à leurs habitants.
 

MAIS LE FILM A AUSSI UNE DIMENSION POLITIQUE ?

Oui Stéphanie, il aborde la question de l’exploitation des plus pauvres. Mais Beatriz Seigner a surtout écrit son film à partir de témoignages de très nombreux immigrés colombiens. Et selon la réalisatrice brésilienne, son pays, exclusivement tourné vers les Etats-Unis et l’Europe, ne se sait rien de ce qui se passe à ses frontières. Ils partagent pourtant tous la même culture et le même passé. Avec son film, elle signe une fable politique et intime originale qui donne corps aux accords de paix signés en Colombie et au long processus nécessaire à son avènement.
 

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Le présentateur

Valérie de Marnhac

Valérie de Marnhac est membre de l'association SIGNIS, pour qui elle anime des ciné-débats, et a participé aux Jurys œcuméniques des Festivals de Cannes, Fribourg, Téhéran...