Mais à quel jeu jouent donc les Spitzenkandidaten ?

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La chronique Europe

vendredi 28 juin à 7h20

Durée émission : 3 min

​Le 20 juin dernier, le Conseil européen échouait à s’entendre sur le nom de leur candidat à la présidence de la Commission.

Seule avancée, semblait-il alors, le rejet du système des Spitzenkandidatenet donc de la candidature de Manfred Weber, candidat allemand du Parti Populaire Européen, premier groupe politique en nombre d’élus au Parlement européen.

Pourtant, depuis le début de la semaine, les trois principaux partis politiques européens (le PPE, les Socialistes et Démocrates et les libéraux de Renew Europe) réaffirment leur soutien à la fois à ce système de désignation du prochain président de la Commission, mais également, chacun, à leur Spitzenkandidat, leur candidat tête de file. Quel paradoxe alors même que les groupes socialiste et libéral ont précipité la chute de ce système le 20 juin dernier, en signifiant à Manfred Weber leur refus de le soutenir!
 

Comment expliquer ce paradoxe ? Et, que signifie ce retour sur le devant de la scène des Spitzenkandidaten ? Ce pourrait-il que vous vous soyez trompé la semaine dernière en annonçant leur mise à l’écart ?

Rien n’est impossible ! Mais, il me semble qu’il est un peu trop tôt pour le dire. Il me parait plutôt que la réaffirmation par les partis européens de leur soutien à ce système cache en fait d’autres objectifs. Pour les familles politiques européennes, il s’agit là de postures dans un jeu d’influence et de positionnement pour ces futurs top jobs.

En particulier, le PPE estime que la présidence de la Commission européenne doit revenir à l’un de ses représentants. Et, rappeler la disqualification de Manfred Weber sur le thème de la démocratie bafouée est une façon de mettre la pression sur le Conseil européen pour s’assurer que cela sera bien le cas. De même, pour les Socialistes et les Libéraux, l’objectif est de s’assurer qu’un Top Job sera bien occupé par l’un des leurs.

Pour Manfred Weber, l’enjeu est plus personnel. Véritable victime collatérale de sa propre éviction, il semble surtout à s’assurer un avenir en tant que futur Commissaire allemand et Vice-président de la Commission, ce qui ne semblait pas assuré cette semaine. C’est probablement la raison pour laquelle il sort le grand jeu : campagne dans les médias, sur les réseaux sociaux avec le hashtag « Respect my vote »...
 

Mais finalement ne serait-il pas préférable de se conformer à ce système qui semble tout de même relativement démocratique ?

A première vue, vous avez raison. Mais l’Union européenne n’est pas un Etat, elle n’a pas la même homogénéité et sa démocratie n’obéit pas exactement aux mêmes règles que nos démocraties nationales. Mais poussons la logique jusqu’au bout. Fallait-il pousser le Conseil à voter et mettre un nombre non négligeable de dirigeants en minorité ?

Les tensions entre Etats membres sont déjà tellement vives et la cohésion européenne si ténue qu’une telle décision laisserait nécessairement des traces. Sans compter que le vote du Parlement est loin d’être acquis. Et, quelle légitimité aurait un président de la Commission élu dans un tel climat de défiance ? Je ne suis pas certain que cela soit ce dont notre Union ait besoin aujourd’hui.

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Le présentateur

Edouard Simon

Edouard Simon est directeur du bureau de Bruxelles du think-tank Confrontations Europe