Médias et Covid: pour des gestes "barrière" dans la presse

Présentée par PR-21878

L'édito d'Isabelle de Gaulmyn

lundi 22 juin à 7h55

Durée émission : 3 min

Médias et Covid: pour des gestes "barrière" dans la presse

© RCF - Isabelle de Gaulmyn

Alors que l'après-confinement marque le début d'un bilan de l'action du gouvernement et des services médicaux, Isabelle de Gaulmyn propose de dresser le bilan du rôle des médias.

00:00

00:00

À l’heure des bilans, on s’interroge pour savoir si le gouvernement, face au Covid, a bien géré la crise ; si les médecins, les administrations, les entreprises ont été à la hauteur. Alors, pourquoi ne pas nous interroger sur la manière dont les médias ont couvert et rendu compte de la crise sanitaire ? Pas de raison que nous soyons au-dessus des critiques. Comme il est sans doute un peu tôt pour faire un bilan complet, je me contenterais de poser quelques questions, sur le travail de la presse durant cette période.

La première chose, c’est l’extrême focalisation sur l’événement. Du jour au lendemain, il n’y avait plus rien qui existait, à part le virus et ses dangers. On s’est retrouvés face à un phénomène classique d’emballement médiatique, sauf que l’emballement a ici duré trois mois et non un seul jour ! Plus de pages politiques, internationales, sportives, politiques… Les journaux n’avaient plus qu’une seule rubrique, la rubrique Covid. Or les guerres ne se sont pas arrêtées pour autant, ni les autres difficultés, ni les autres événements. Il y a sans doute eu une couverture excessive de la pandémie, qui fut largement à l’origine d’un climat anxiogène, et qu’il faudrait questionner à tête reposée.

Seconde remarque, la complexité de l’actualité scientifique. La polémique sur l’hydroxychloroquine montre à elle seule qu’on ne peut compter sur les seuls scientifiques pour expliquer objectivement les choses, et que la science, comme le reste, est une réalité plurielle. Nous avons besoin de plus de journalistes spécialisés dans les sciences. Un peu comme, il y a 30 ans, les journaux, prenant conscience de la complexité du champ économique, ont investi pour former des journalistes à l’économie, nous devons avoir plus d’expertises scientifiques, environnementales, sanitaires et médicales.

Le troisième constat concerne l’information en continu et ses effets néfastes sur les médias. Nous sommes tous impactés par l’information en continu, c’est-à-dire la rapidité à traiter des nouvelles "en live", en direct, avec la course aux plus réactifs, via les télévisions ou les sites. Cela était vrai déjà avant le Covid, mais la crise sanitaire, qui a provoqué un boom des consultations numériques, a encore accentué les choses. Il y a eu une fébrilité médiatique entraînée par les réseaux sociaux, où tout le monde intervient, semant la confusion, multipliant les émetteurs, sans hiérarchie ni vérification, et donnant lieu à des polémiques infinies.

Dans ce contexte, avons-nous su garder la tête froide et la distance ? Redonner un tempo raisonnable au déroulement des faits, sans nous laisser prendre par cette vitesse et cette excitation ? Au fond, il n’y a pas que le Covid. L’information est, elle aussi, devenue incroyablement virale, et on peut facilement se laisser contaminer. Face à cette viralité, nous devons, nous aussi, comme journalistes, réfléchir aux bons gestes "barrière" à mettre en place dans les médias…

 

Sur le même thème :

Les dernières émissions

L'émission

Le présentateur

Isabelle de Gaulmyn

Rédactrice en chef au quotidien La Croix sur Twitter : @idegaulmyn