Menace pour les démocraties

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L'édito de Sr Véronique Margron

mardi 20 février à 7h55

Durée émission : 3 min

L'édito de Sr Véronique Margron

Un sondage de l’IFOP, paru il y a quelques temps dans le quotidien La Croix, indiquait que 79 % des Français croient au moins à une « théorie du complot ». Par exemple, 55 % approuvent l’idée que « le ministère de la santé est de mèche avec l’industrie pharmaceutique pour cacher au grand public la nocivité des vaccins » ; 35 % pensent que le gouvernement américain est impliqué dans les attentats du 11 septembre. Ou encore 1 sur 3 pense que le sida a été inventé en laboratoire et 9 % croient « possible que la terre soit plate » et qu’un vaste complot de la NASA veut nous le cacher… Nous restons pantois.

Pourtant, on sait depuis longtemps que plus les conséquences d’un événement sont choquantes, plus nous cherchons spontanément à lui attribuer des causes folles mais aisées à se représenter. Comme pour se rassurer devant ce que la raison peine tant à concevoir, à l’instar des attentats du 11 septembre.

Ces trucages, ces mensonges habillement présentés pour tromper, ne sont pas d’hier. Ils existent depuis que le monde est monde. Le philosophe Marc Bloch, au tournant des années 1920, nous éclaire « Une fausse nouvelle naît toujours de représentations collectives qui préexistent à sa naissance ; elle n’est fortuite qu’en apparence. La fausse nouvelle est le miroir où la conscience collective contemple ses propres traits. »
 
Rappelez-vous la campagne en faveur du Brexit. A travers son bus qui sillonna toute l’Angleterre profonde durant des mois, un des partis pro-brexit a répandu une énormité : La contribution des Britanniques à l’UE était annoncée de 350 millions de livres par semaine (près de 400 millions d’€ !). Somme qui serait alors réaffectée au système de santé en quittant l’Europe. La fausse nouvelle fit mouche. N’est-ce pas plus simple ? Il y avait ainsi un ennemi unique, l’UE. Et c’était à cause d’elle que le système de santé publique était si dégradé ! Plus besoin d’examiner les responsabilités internes.
 
Le labeur de la raison, de la vérification des faits et des sources, est toujours plus austère que la survenue des émotions et la pente de nos représentations, de notre imaginaire. Et les réseaux sociaux sont ici un immense accélérateur à bobards.
 
Il nous appartient de résister par les médiations de la culture et de la réflexion éclairée devant la complexité du monde, en refusant toute réponse simplificatrice, et donc fausse.

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