Misère

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Un mot, un jour

jeudi 17 octobre à 8h55

Durée émission : 4 min

Un mot, un jour

Voilà un mot à plusieurs entrées, l’une est regrettable et décrit une situation à combattre, l’extrême pauvreté, et l’autre relève d’une formule banale, lorsqu’on dit, « Ah, misère ! »

 Et quoi qu’il en soit le mot a, hélas, une grande vitalité, y compris chez les rappeurs.

Ce mot vient du latin miser, m i s e r, signifiant malheureux, qui a donné toujours en latin miseria, le malheur, mais aussi l’adversité. Et lorsque le mot est entré en français au XIIe siècle, on disait surtout la miserie, i e, c’est d’ailleurs sous cette forme qu’il est passé en anglais en donnant donc misery. Dès le début misère a eu aussi un sens religieux, désignant l’état de faiblesse de l’être humain. À Chateaubriand par exemple d’évoquer le prêtre plaignant la « misère humaine ». Sans être un juron, le mot « misère » a aussi pris la valeur d’une exclamation : Ah Misère ! et même Misère de misère. "Ah Misère j’ai oublié mon parapluie…" disait ma grand-mère. Ce qui, on en conviendra, n’était pas une grande catastrophe. Les rappeurs ont de leur côté repris le mot et en ont fait la zermi, et de la même manière qu’en langue courante, pour misère, zermi a donné lieu à une exclamation, une sorte de ponctuation dans la phrase, mais en l’abrégeant en « zer » et on peut donc entendre dans la conversation des jeunes des cités ce zer, utilisé presque comme ma grand-mère utilisait le mot « misère ». Ah zer, j’ai le seum, rappelons qu’avoir le seum, seum désignant le venin en langue arabe, c’est être contrarié, ne pas avoir le moral, en somme avoir le cafard. Au Canada francophone, Québec, Brunswick, etc. on dit comme on le disait dans l’Ouest, avoir de la misère, c’est-à-dire de la peine, de la difficulté : « on a eu bien de la misère à réparer le tracteur ».

LE MOT SE MET AUSSI AU PLURIELS DANS CERTAINES EXPRESSIONS

En effet, notamment avec les « petites misères », ces ennuis de santé, pas gravissimes mais pénibles, et comme on le sait faire des misères à quelqu’un, c’est l’embêter. Enfin, au singulier mais parfois aussi au pluriel - heureusement l’expression a pour ainsi dire disparu - le lit où un accouchement allait avoir lieu était naguère appelé un lit de misère. Ce serait formidable, si ne survivait que l’exclamation pour dire par exemple : Ah c’est l’heure du café, misère ! j’ai oublié les croissants !

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L'émission

Du lundi au vendredi à 8h55

Jean Pruvost, lexicologue passionné et passionnant vous entraîne chaque matin dans l'histoire mouvementée d'un simple mot !  

Le présentateur

Jean Pruvost

Chroniqueur de langue à RCF depuis 2011, Jean  choisit chaque jour un mot de l’actualité, pour l’intense plaisir d’en partager la saveur, en ouvrant les dictionnaires de sa bibliothèque qui en compte dix mille… Explorer ensemble les mots, c’est construire des harmonies. Jean aime aussi marier les mots et les notes sur sa guitare.