Nicaragua: la guerre civile menace

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L'édito de Jean Merckaert

lundi 25 juin 2018 à 7h55

Durée émission : 3 min

L'édito de Jean Merckaert

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Aviez-vous entendu parler de la guerre civile qui menace au Nicaragua ? Moi non. Depuis 3 mois, les manifestations se multiplient dans ce petit pays d’Amérique centrale, et le gouvernement de Daniel Ortega n’hésite pas à tirer sur la foule. Bilan : au moins 212 morts et plus de 1300 blessés, selon la Commission interaméricaine des droits de l’homme[1]. Ce sont les étudiants qui ont manifesté les premiers, le 18 avril, contre une réforme de la protection sociale qui aurait affecté des milliers de travailleurs et de retraités. Puis la violence de la répression a fédéré contre elle les mécontentements et jeté dans la rue des commerçants, employés, petits entrepreneurs et paysans. L’annonce du retrait de la réforme en cause n’y fera rien : les manifestations revendiquent désormais le départ de celui qui fait tirer sur sa propre population.  

Aviez-vous entendu parler de la guerre civile qui menace au Nicaragua ? Moi non. Ce pays de six millions d’habitants n’avait pas connu pareilles tensions depuis la révolution sandiniste de 79. La contestation aujourd’hui a gagné une bonne partie des villes du pays, et singulièrement Manayas, à 25 kilomètres de la capitale Managua, qui est pratiquement devenue un fief aux mains des insurgés et où l’on craint une répression féroce[2]. Les manifestants ont d’abord avancé à mains nues, ils se sont ensuite armés de pierres, ont dressé des barricades… Jusqu’où mènera l’escalade ? Dans un pays à majorité catholique, l’Eglise a tenté une médiation entre le pouvoir et les manifestants, mais c’est en vain, jusqu’ici, qu’elle a notamment réclamé une élection présidentielle anticipée. Daniel Ortega, lui, semble prêt à tout pour s’accrocher au pouvoir. Cet ancien guérillero, allié au Venezuela, exerce un tel contrôle sur les médias et sur la machine électorale que 70% des Nicaraguayens ont boudé les urnes, lors de sa réélection en 2016. Depuis douze ans qu’il est au pouvoir, la croissance économique est au rendez-vous, mais elle profite surtout à une petite minorité, et notamment à ses sept fils à qui il a confié quelques-uns des grands secteurs de l’économie – et son rêve d’un canal pour doublonner celui du Panama[3].

Aviez-vous entendu parler de la guerre civile qui menace au Nicaragua ? Moi non, jusqu’à ce que j’entende, la semaine dernière, une Nicaraguayenne parler avec émotion des événements qui secouent son pays. Sa plus grande crainte était que la situation de son pays n’indiffère le reste du monde. Que tous ces manifestants soient morts pour rien, en quelque sorte, sans que personne ne le sache. Alors, je lui ai promis que je vous en parlerais.

[1] Cf. http://www.france24.com/fr/20180623-nicaragua-ortega-morts-manifestants-opposition
[2] Cf. https://www.la-croix.com/Monde/Ameriques/Au-Nicaragua-Masaya-rebelle-2018-06-24-1200949750
[3] Cf. http://www.elmundo.es/internacional/2018/05/02/5ae8b2dfca4741f8628b4571.html

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