Non, l'Europe ne fait pas rien contre le coronavirus!

Présentée par

L'édito d'Isabelle de Gaulmyn

lundi 6 avril à 7h55

Durée émission : 3 min

Non, l'Europe ne fait pas rien contre le coronavirus!

© RCF

Dans le traitement de la crise du coronavirus, beaucoup critiquent l'Europe, mettant en avant la Russie ou la Chine, une critique néfaste pour Isabelle de Gaulmyn

Ces derniers temps, nombreux ont été ceux qui, dans les journaux ou plateaux télé, ont fustigé l’Europe. On montrait des chinois venant en aide aux Italiens, des avions russes atterrir en Lombardie, et en revanche, des drapeaux européens déchirés de rage, par les mouvements populistes en Italie comme en Espagne. Cet euro-bashing, non seulement est complètement faux, mais en plus dangereux. Il instille cette petite musique dans l’esprit des gens, que l’Europe ne sert à rien, qu’elle a failli, et que finalement, d’autres solidarités, avec la Russie ou la Chine, sont plus efficaces.

C’est totalement faux. Certes, il y a eu des maladresses au début, mais, personne n’avait alors pris la mesure, dans aucun pays, de la gravité de l’épidémie. Ensuite, l’aide apportée à l’Italie par les pays européens, les transferts de malades, les mises en commun d’achat de matériel, n’ont rien à voir avec les quelques matériaux débarqués par les Russes, ou les chinois, à grand renfort de publicité Des fonds de cohésion ont été débloqués dès le 30 mars par l’Europe pour les pays touchés.Plus largement en Europe, Il y a eu beaucoup de gestes de solidarité, même moins médiatisés : des malades français ou italiens pris en charge par l’Allemagne. Des coups de main réciproques entre les Tchèques et Polonais. Certes, il n’existe pas d’ambulances avec le drapeau européen, car la santé ne fait pas partie des compétences européennes. Mais pour la recherche, des programmes européens de recherche ont été lancés qui permet à des laboratoires de différents pays de collaborer ensemble.

Il y a eu aussi ce que l’on peut appeler une « solidarité indirecte». C’est-à-dire que du jour au lendemain, on a supprimé toutes les obligations en matière de stabilité budgétaire, tout comme les règles qui encadrent les pays pour éviter les distorsions de concurrences, laissant aux gouvernements de chaque pays la possibilité d’intervenir pour aider massivement leurs économies. Alors c’est vrai qu’il reste maintenant à mettre en place, pour l’après-crise , une solidarité financière européenne. On a surtout retenu les propos des Pays Bas, pays du Nord, contre les pays du Sud, et en particulier l’Italie. Mais depuis une prise de conscience assez exceptionnelle s ‘est fait jour, pour trouver une réponse adéquate au niveau européen, y compris dans les pays les plus réticents. Un certain nombre de propositions sont sur la table, et ce sera à l’eurogroupe de mardi de commencer à discuter les instruments financiers les plus à même de permettre la relance. Une forme de malédiction pèse sur les pays du sud, premiers touchés par la crise de l’euro, pour les migrants, et maintenant, la crise sanitaire. Mais il faut rappeler que la solidarité est inhérente au projet européen. L’Europe a trois piliers dit Jacques Delors, la concurrence qui stimule, la coopération qui renforce, et la solidarité qui unit. S’il manque l’un des trois, c’en est finit du projet européen.
 

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Le présentateur

Isabelle de Gaulmyn

Rédactrice en chef au quotidien La Croix sur Twitter : @idegaulmyn