​Olivier Py: "le théâtre nous rappelle que nous avons une vie intérieure"

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Le Grand Invité

samedi 13 juillet à 8h10

Durée émission : 15 min

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© BORIS HORVAT AFP

A presque une semaine de l’ouverture du Festival d’Avignon, rencontre avec celui qui en a pris la tête il y a six ans, Olivier Py.

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Homme de Théâtre, auteur, acteur, metteur en scène, Olivier Py a renouvelé profondément l’aventure théâtrale en montant des spectacles hors normes puisant notamment dans le patrimoine. Le créateur d’un théâtre de l’excès qui interroge l’homme, sa condition, son identité, son engagement. Un directeur de festival qui croit à la force subversive de la scène et qui travaille d’arrache-pied pour porter son art aux périphéries. Un homme de foi qui professe sans tabou ses convictions catholiques.
 

"L'Europe revient à la culture quand elle va mal"

Le festival ouvre ses portes dans huit jours. L’un des plus grands rendez-vous dans l’univers du théâtre en France. "Il reste beaucoup de choses à faire. Les compagnies arrivent, les spectacles se montent, mais on n’est jamais prêt" explique Olivier Py. Cette année, c’est Homère et l’Odyssée qui sont à l’honneur. "On voulait revenir à un grand texte poétique pour thématiser le festival. […] Mais il y a aussi des odyssées contemporaines. C’est un thème qui permet à la fois de la crise migratoire et de la construction de l’Europe. Orienter le festival autour de cette question va ouvrir un débat de société comme le genre l’avait été l’an dernier" ajoute Olivier Py, directeur du festival d’Avignon.

Pour ce dernier, "l’Europe revient à la culture quand elle va mal. Elle est née dans la culture. Elle est déjà construite au niveau de la culture. On est construit de manière européenne par la culture. Et elle va particulièrement mal en ce moment. Donc on revient à la culture pour se dire qu’il y a quelque chose qui n’est pas négociable, et qui fait notre identité européenne. On habite la société parce qu’on a des liens culturels".
 

"Le théâtre est forcément politique"

Une fois encore, Olivier Py fera partie de la programmation, avec un spectacle réalisé avec des détenus. Après Antigone de Sophocle, c’est Macbeth de Shakespeare qui sera au programme. "Ce sont des hommes qui m’apportent beaucoup, qui m’aident beaucoup. Ce sont eux qui ont demandé à Shakespeare, après Hamlet il y a deux ans. C’est un monde de violence, très dur, très noir. C’est la pièce la plus noire de Shakespeare, mais c’est celle qu’ils ont voulu jouer" lance le directeur du festival d’Avignon.

Migrants, Europe, prison. Pour Olivier Py, le théâtre est forcément politique. "Même quand ça ne l’est pas. Il ne faut pas que cela soit politique systématiquement. Le théâtre propagandiste, cela fait en général de l’assez mauvais théâtre. Il faut d’abord que cela soit du bon théâtre. On dit que le monde dans lequel nous sommes est un monde de chaos, c’est vrai et c’est faux. Je ne suis pas certain que le théâtre éveille les consciences. Il réveille l’inconscient, il nous rappelle que nous avons une vie intérieure, et ce n’est pas rien" précise-t-il.
 

"Il faudrait que l'Eglise sorte du moralisme à la petite semaine qu'elle pratique depuis deux siècles"

Catholique convaincu, Olivier Py admet être "souvent très mal à l’aise avec l’Eglise". Il se définit comme un "homme fait de contradictions, et qui n’a pas envie de les aplanir, au contraire, qui a envie de les vivre profondément". Cette foi, il ne l’a pas reçu en héritage. "Mes parents étaient très loin de la vie spirituelle et du catholicisme en général. Ils ont été surpris. Je suis rentré dans une église, et j’ai été fasciné par le mystère de l’Eucharistie" confie-t-il.

Au sujet de son homosexualité, il explique que le fait qu’il puisse aimer des garçons "n’est pas une étiquette. Ce sont des labellisations que la société marchande jette sur nous. C’est une des choses de ma vie. Mon orientation sexuelle n’est pas centrale dans mon identité. Ce qui est central, c’est l’homophobie autour de moi, car ça, je le subis. Le patriarcat violent, la bêtise machiste, c’est central dans ma vie. Je suis un peu effaré de voir la lenteur de l’Eglise à s’ouvrir à d’autres formes d’amour, de familles, à la place des femmes. Il faudrait que l’Eglise sorte du moralisme à la petite semaine qu’elle pratique depuis deux siècles, qu’elle rappelle son rôle spirituel. Je pense que c’est comme ça que l’on va remplir les églises, et pas forcément en étant la remorque de l’extrême droite".

Interview réalisée en duplex d'Avignon

 
 
 

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Chaque matin, Stéphanie Gallet reçoit une personnalité au cœur de l’actualité nationale ou internationale. Décryptage singulier de notre monde et de ses enjeux, mais aussi découverte d’un parcours, d’un engagement. Au cœur de la grande session d’information du matin, une rencontre quotidienne pour prendre de la hauteur avec bienveillance et pour donner du sens à l’information.  

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Stéphanie Gallet

Journaliste à RCF depuis plus de 16 ans, Stéphanie s’intéresse à tout et tout l'intéresse. Elle aime les gens et voyage sans écouteurs.  Elle a presque tout appris en Bourgogne et garde dans son cœur un petit village du Minervois même si elle porte fièrement les couleurs de la Seine-Saint-Denis.