Pédophilie dans l'Eglise: "nous avons recueilli suffisamment de faits" explique Mgr de Moulins-Beaufort

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jeudi 27 septembre à 6h41

Durée émission : 4 min

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​Le Chili, les Etats-Unis, l’Allemagne. Les scandales de pédophilie n’en finissent plus de secouer l’Eglise universelle.

Pour faire face, le pape François a convoqué les présidents des conférences épiscopales du monde en février prochain, pour un sommet consacré à la protection des mineurs. En France, les évêques travaillent eux-aussi à un nouveau recensement des cas de pédophilie et d’abus sexuels.
 

Comment réagissez-vous à toutes ces révélations d’abus sexuels dans l’Eglise ?

"Un peu en deux temps. Il y a eu un premier temps, dans les années 2000, avec les premières révélations. C’était extrêmement choquant mais on avait alors l’impression que c’était des cas un peu marginaux, spéciaux. Depuis 2016, nous avons reçu une avalanche de révélations et aujourd’hui nous ne pouvons plus nous dire qu’il ne s’agit que de quelques pervers comme il en existe fatalement dans l’humanité. Et il faut prendre vraiment comme providentielles toutes les révélations d’aujourd’hui car elles nous permettent de ne pas vivre avec cette zone d’ombre qu’on ignore. Les personnes qui parlent nous rendent un grand service même si c’est toujours très difficile de parler car cela fait revivre le traumatisme" explique Mgr Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims.
 

Désormais, c’est l’Eglise catholique elle-même qui mène les enquêtes. Il y a des rapports sur la pédophilie. Le dernier en date en Allemagne a révélé que près de 5% des prêtres du pays avaient commis des abus sexuels. Qu’en est-il en France ?

"Nous avons maintenant depuis un an une cellule permanente de lutte contre la pédophilie qui centralise les informations. Nous avons recueilli suffisamment de faits de personnes qui ont parlé pour que l’on puisse synthétiser tout cela. Nous sommes en voie de le faire. Ces derniers mois, on était encore dans une phase où on apprenait des faits. Ce qui est très difficile dans cette affaire, c’est de savoir si toutes les personnes concernées ont parlé. Chacune a son rythme pour parler. Cela dit, depuis quelque temps, il semble qu’il y ait une inflexion. Nous commençons à faire la somme de ce que nous avons reçu, mais le faire avant l’été, cela n’aurait pas eu beaucoup de sens" ajoute l'archevêque de Reims.
 

Est-ce que l’histoire de notre pays a pu limiter les abus de l’Eglise ? La Révolution française, la séparation de l’Eglise et de l’Etat ont réduit les pouvoirs de l’Eglise en France…

"Il me semble que dans les pays anglo-saxons, ce qui a de particulier, c’est que la société catholique s’est construite en se protégeant de la pression du monde protestant qui l’entourait. Ce qui a favorisé les lieux un peu forteresse où la vie catholique se concentrait autour de la structure cléricale. En France, nous n’avons pas connu cela. Tout système clos favorise les comportements abusifs, et aujourd’hui on sait que l’abus de pouvoir s’accompagne facilement d’un abus sexuel" conclut Mgr de Moulins-Beaufort.

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Jean-Baptiste Labeur