Pour une écologie sans barrière

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La chronique Écologie

mardi 10 septembre à 7h20

Durée émission : 3 min

La chronique Écologie

La proposition de définir une bande de dix mètres sans pesticides autour des habitations semble davantage politique qu'écologique

Une posture politique

Je trouve qu’avec cette façon de vouloir définir une barrière, un cordon sanitaire, on est surtout dans la posture politique. Une posture qui ne me plaît pas parce qu’elle nourrit tous les blocages. En considérant qu’il faut gérer la question des pesticides par un cordon sanitaire autour des habitations, on oppose frontalement l’habitat et le champ, la ville et la campagne, on considère que le citadin doit être protégé de l’agriculture par une fortification, bonjour les tensions !

C’est d’ailleurs ce que dénonce la Confédération paysanne dans une série de tweets. Du point de vue pratique, technique, tel quel, ça ne servira pas à grand-chose. Je pense qu’il y a de la part des maires qui prennent des arrêtés, maires de petites communes rurales, une volonté désespérée de faire quelque chose sur ce dossier, faute de volonté politique au-dessus d’eux. Mais en l’état c’est une impasse.

une impasse politique ou technique

Les deux. Techniquement, c’est refuser de distinguer entre les produits, et leur attribuer à tous le même niveau et le même mode de dangerosité. C’est de la caricature. Tout interdire dans une zone, ça veut dire interdire des produits non dangereux par voie aérienne, et se croire protégé, alors que même une limite à 150 mètres ne protégera pas des contaminations qui se font par les eaux.

Enfin, c’est une fois de plus borner le dossier pesticides à l’impact direct, local, sur la santé humaine. On oublie l’autre grand volet, très complexe, l’impact global sur les écosystèmes : on a besoin, pour produire, de s’opposer à certains agresseurs des cultures, mais on a aussi besoin, pour produire, de ces systèmes vivants qui contiennent aussi bien les agresseurs que leurs régulateurs. Ce dont on a besoin et qu’on est en train de détruire, c’est un niveau de perméabilité bien dosé qui permet une coexistence optimale de tout le monde, dans les champs comme autour des maisons. C’est une approche globale nouvelle qu’il faut, pas un compartimentage brutal.

Plutôt que « non aux pesticides », « les pesticides oui mais » ?

Ils incarnent un paradigme de « tout tuer sauf la culture » dont il faut qu’on sorte, avant qu’il finisse par tuer l’agriculteur et la culture elle-même. Tant qu’ils sont là, ils offrent une solution de facilité avec des effets pervers terribles. Mais on ne va pas basculer de l’un à l’autre en une loi. Je pense qu’il y a de la posture des deux côtés avec des gens qui défendent des positions caricaturales sans trop de souci de vérité.

Il est aussi faux de dire qu’on peut sortir du tout agrochimie du jour au lendemain par décret que de dire que seule l’agrochimie classique, celle qui considère la nature comme une ennemie à éradiquer, pourra nous nourrir demain. Bien des études disent le contraire. L’écologie, c’est une science de relations. On fait rarement de la bonne écologie à coups de barrières sur le terrain et dans les têtes.

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Le présentateur

Johannes Herrmann

ornithologue, auteur avec Mahaut Hermann de La Vie Oubliée Crise d’extinction Agir avant que tout s’effondre Edition Première partie Membre de la rédaction de la revue Limite http://revuelimite.fr/ sur Twitter : @Taigasangare