Preynat, l’Eglise peut remercier la justice de l’Etat français

Présentée par

L'édito d'Isabelle de Gaulmyn

lundi 20 janvier à 7h55

Durée émission : 3 min

Preynat, l’Eglise peut remercier la justice de l’Etat français

Retour sur le procès du père Preynat, Isabelle de Gaulmyn remercie la justice française pour le travail accompli


Depuis la révolution française, et surtout la loi de 1905 de séparation de l’État et des cultes, l’Église de France reproche souvent à l’État sa partialité, l’accuse de l’oublier, de la maltraiter, au nom d’une conception trop étroite de la laïcité. Je crois cette fois, après le procès Preynat, que cette même Église peut remercier l’État français, et sa justice. Nous avons vécu, durant ces quatre jours de la semaine dernière, un procès d’une tenue impeccable.

Comme l’a dit la procureure, la justice n’a pas ménagé sa peine : 5 tomes, 531 cotes, des dizaines d’heures d’audition. La justice a fait son travail, un travail que l’Église n’est pas parvenue à faire seule. Elle a mis, au cours d’une audience publique, à nue toute la perversité et le mode opératoire effroyable d’un homme, Bernard Preynat, 74 ans aujourd’hui. Jamais les juges ni les avocats n’ont fait le procès de l’Église, ramenant à chaque fois les débats sur la responsabilité et la liberté de Preynat, qui n’a pu s’abriter derrière son institution pour se défausser.

La justice française a donc jugé un homme. Mais un homme d’Église. Avec sa vision tordue du sacerdoce, de l’autorité, de la gouvernance. Sa conception aussi, du péché, et de la confession, comme capable d’effacer d’un coup de baguette magique toutes ses agressions. Sa confusion entre ce qui relevait pour lui de son statut de prêtre (le catéchisme, la messe où explique-t-il, il n’agressait jamais) et le reste : drôle de conception d’une vie chrétienne unifiée. Son incapacité aussi à voir des personnes en situation d’égal à égal : juste "ses petits scouts" et les parents, qu’il considérait du haut de son autorité de prêtre comme ses ouailles.

L’Église avait bien mené, non sans mal, un procès ecclésiastique, pour réduire le père Preynat à l’état laïc. Mais ce fut un procès caché, secret, dont on ne saura rien. La justice civile, elle, a réussi à organiser un procès public, qui a permis de mettre à nue toutes ces années, déjà anciennes. De révéler, et au final d’exorciser tout un passé, durant les quatre jours d’audience, en une véritable « catharsis », selon le terme utilisé par la mère d’une des victimes. La culpabilité de Preynat est désormais entre les mains des juges, qui trancheront sur ses crimes. Pour nous, nous pouvons désormais, enfin, tourner la page.
 

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Isabelle de Gaulmyn

Rédactrice en chef au quotidien La Croix sur Twitter : @idegaulmyn