Qu'avons nous célébré le 11 novembre?

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La chronique Philosophie

mardi 13 novembre 2018 à 8h52

Durée émission : 3 min

La chronique Philosophie

Laurence Devillairs vous propose sa chronique philosophique en lien avec l'actualité.

Il y a quelques jours, nous célébrions la fin de la première guerre mondiale. Mais qu’avons-nous exactement commémoré le 11 novembre dernier ?
Oui, qu’avons-nous exactement commémoré ? L’armistice ? La paix ? L’Europe, celle qui, aujourd’hui, refuse qu’une telle barbarie se reproduise ? Qu’avons-nous célébré ? Des combattants, des héros anonymes, des soldats inconnus morts dans la boue des Flandres ? Qu’avons-nous rejeté ? L’absurdité de la guerre ? La haine ? Qu’avons-nous fêté ? La victoire ? Mais la victoire de quoi ? de la liberté ? de l’entente entre les peuples ? N’avons-nous pas tout simplement fêté le fait que les canons se sont enfin tus, que les affrontements, le froid, la faim et la peur ont enfin cessé ?

Est-ce que le sentiment qui domine n’est pas celui d’un immense gâchis, d’un désastre que rien ne justifie ? Il reste en effet cette énigme : comment des millions de soldats ont tenu, ont accepté de se battre et ont continué à le faire ? Comment tant de violence a pu perdurer durant 5 longues années ? Nous avons du mal à trouver des réponses, au point de ne plus savoir exactement quoi célébrer le 11 novembre. 

Car le monde de 14-18 s’en est allé, ce n’est plus le nôtre. Aujourd’hui, nous saisissons mal ce qui a pu nourrir le feu de cette guerre. Car la guerre n’est jamais pure bestialité : elle se fait au nom de valeurs et de croyances. Et ce sont précisément ces valeurs et ces croyances que nous ne comprenons plus, et auxquelles nous ne souscrivons plus. Patrie, nation, croisade religieuse tout autant que républicaine contre un ennemi jugé barbare, ce sont ces représentations et ces images qui, désormais, nous sont devenues étrangères.

Ne reste alors pour nous que l’horreur de la guerre. Mais sous laquelle, pourtant, le soldat et poète, Guillaume Apollinaire, devinait l’espoir, fragile mais bien présent, que la vie reprenne, que les amours et la joie reviennent, malgré tout. Quelques jours après le 11 novembre, laissons donc les derniers mots à la poésie d’Apollinaire. « Pendant le blanc et nocturne novembre, Tandis que chantaient épouvantablement les obus, Mon cœur renaissait comme un arbre au printemps ».

 

COMMÉMORATION DU 11 NOVEMBRE 1918Il y a 100 ans, l'armistice du 11 novembre 1918 marquait la fin d'un conflit de quatre ans, trois mois et 14 jours. La Grande Guerre se solde par un bilan de plus de 38 millions de morts, blessés ou disparus. Pour les historiens la Première Guerre mondiale marque l'entrée de l'Europe dans le XXe siècle.
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Le présentateur

Laurence Devillairs

Philosophe, enseignante au Centre Sèvres et à l'Institut catholique de Paris, Laurence Devillairs est spécialiste de l'âge classique et du cartésianisme.