Quelle influence de la France au Parlement européen ?

Présentée par

S'abonner à l'émission

La chronique Europe

vendredi 14 juin à 7h20

Durée émission : 3 min

​Alors que la campagne française pour les élections européennes s’est focalisée sur la liste qui arriverait en tête, le véritable enjeu était probablement ailleurs.

Celui-ci est à chercher du côté des institutions européennes et de leur fonctionnement et de l’influence de la France dans un paysage politique très différent de celui de l’Hexagone. Or, à cette aune, il apparait que la France risque fort de perdre en influence au sein du nouveau Parlement. Au moins dans un premier temps.

Car c’est tout le paradoxe de cette élection européenne, organisée dans 28 circonscriptions nationales. Alors que les 28 campagnes se sont en grande partie focalisées sur des enjeux nationaux (à l’exception notable de la transition écologique), les résultats et dynamiques doivent être analysés au niveau européen. Ainsi, alors qu’en France le Rassemblement national et La République En Marche sortent comme les grands vainqueurs de cette élection, ceux-ci rejoignent des groupes au sein du Parlement dont la puissance ne reflète pas ces résultats.

Marine le Pen, tout d’abord, échoue à créer une grande coalition des souverainistes. Le Fidesz hongrois d’Orban, le PiS polonais et le Brexit Party de Nigel Farage ne veulent pas entendre parler d’une alliance avec le RN français. En tout cas, pour l’instant. Qui plus est, le rejet par ces partis des règles de fonctionnement de la démocratie européenne, fondée sur le compromis, leur interdit d’espérer peser dans les 5 ans à venir.

LaREM ensuite, rejoint le groupe des Libéraux qui bien qu’il ait enregistré une progression notable, n’est que la troisième force au sein du Parlement et est quasiment inférieur de moitié en taille au principal groupe, celui des conservateurs. Car, bien qu’ils perdent la majorité, les Conservateurs du Parti Populaire Européen et les Socialistes et Démocrates européens restent les deux principales forces structurantes du Parlement. Or, la France n’enverra respectivement que 8 et 6 députés dans des groupes de 180 et 150 élus… Autant dire que leur influence y sera diluée…
 

Est-ce que vous n’êtes pas un peu dur quand même ? Les 23 députés de la liste Renaissance appartiennent tout de même au troisième groupe en taille du Parlement européen, qui est généralement présenté comme le "faiseur de roi". Ça ne compte pas selon vous ?

Si, vous avez raison Stéphanie. En étant la plus grande délégation au sein de ce groupe nouvellement renommé Renew Europe, laREM a, en théorie, de nombreuses cartes à faire valoir. D’autant plus, que les voix des Libéraux seront très souvent cruciales pour obtenir la majorité.

Mais, encore faut-il savoir jouer ces cartes… Or, une certaine odeur d’amateurisme flotte en ce moment autour de cette délégation. En particulier, Nathalie Loiseau a tellement raté son arrivée au Parlement (en insultant ses alliés et collègues devant des journalistes français médusés) qu’elle a dû renoncer hier à briguer la tête de ce troisième groupe, qui ne sera donc probablement pas présidé par un Français. Si de tels « faux pas » devaient se multiplier, c’est la principale chance de la France de peser au sein du Parlement européen qui se retrouverait très fortement hypothéquée.

Les dernières émissions

L'émission

Le vendredi à 7h20

Chaque semaine, dans la Matinale RCF, une analyse politique de l'Union européenne et de ses grands enjeux.

Le présentateur

Edouard Simon

Edouard Simon est directeur du bureau de Bruxelles du think-tank Confrontations Europe