Religieuses abusées, l'autre scandale de l’Église

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L'édito de Sr Véronique Margron

mardi 5 mars à 7h55

Durée émission : 3 min

L'édito de Sr Véronique Margron

Sidérée, hébétée, lasse aussi sans doute. Au sortir du visionnage du documentaire qu’Arte diffusera mardi 5 mars, je ne sais plus que dire de mon écœurement devant ce qu’il dévoile.

Son sujet : les abus sexuels commis, à travers le monde, contre des religieuses, par des prêtres et des religieux. Ce que ce reportage montre de complicités, de mensonges, de trahisons, de déni, de perversions et de comportements criminels et impunis, est insoutenable.
 


 

Décidément, selon le mot du cardinal Salazar Gomez, archevêque de Bogotá, durant le sommet qui vient de se tenir à Rome "pour la protection des mineurs", "l’ennemi est à l’intérieur". Nulle part ailleurs. Si l’on peut discuter, voire contester tel ou tel commentaire, interroger le croisement des sources, reste que ce film désigne une cruelle et effroyable réalité.

Il y a des causes liées à l’Église : le caractère sacré du prêtre, un pouvoir omnipotent, une conception totalement déformée du vœu d’obéissance, un machisme incroyable. S’ajoutent des facteurs aggravants, dont le dénuement matériel qui met alors des religieuses à la merci de ces hommes, non sans la complicité alors de supérieures ou de communautés.

Rentrant d’Abu Dhabi, le 7 février dernier, le pape François parlait "d’esclavage sexuel", c’est bien cela. Malgré la douleur, il faut remercier les journalistes du travail de dévoilement qu’ils font, comme pour les agressions sexuelles contre les enfants. Mais après l’abattement, la colère et la honte doivent faire agir. Contre ces hommes qui sont dans l’impunité, contre toutes les complicités. Mais aussi regarder en face le lien entre les abus spirituels et les agressions sexuelles. Mais encore en soutenant davantage la formation indispensable dans la vie religieuse.

Reste une question : qu’est-ce que le corps des femmes pour ces hommes ? Des corps réifiés qui sont à disposition, des corps désincarnés. Y compris quand ces religieuses se retrouvent enceintes et obligées d’avorter, alors que nous connaissons bien la condamnation de l’Église en ce domaine.
 
Je pense à cette parole tellement juste de l’écrivain Philippe Forest : "L’effarement devant la vérité crue et la révolte exige d’être pensé sans répit". Voilà où nous sommes, avec les victimes et pour elles : du cœur de la douleur penser sans répit, ne pas se taire. Et faire.

 

Précédant de quelques heures la diffusion du documentaire, un communiqué de la Conférence des Evêques de France a annoncé s'associer "pleinement à la Conférence des Religieux et Religieuses de France (CORREF) dans sa profonde indignation, sa tristesse et sa colère. C’est d’abord vers les religieuses et religieux, victimes de ces abus, que la CEF tourne ses pensées et ses prières".

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