Santé: le cannabis thérapeutique en phase de test pour 2020

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Le dossier du jour

mercredi 26 juin à 7h12

Durée émission : 7 min

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© MIGUEL MEDINA AFP

Petit à petit, l’idée d’autoriser le cannabis pour un usage thérapeutique fait peu à peu son chemin en France.

Déjà légale sur le plan médical dans plusieurs pays européens, la plante a des effets pour soulager les patients de certaines maladies graves et invalidantes. Un projet d’expérimentation est en cours d’élaboration pour la France. Les experts de l’agence du médicament préconisent un encadrement strict. Une nouvelle réunion est prévue mercredi 26 juin.

Si ce comité d'experts doit encore rencontrer des associations de patients ce matin avant de remettre son avis définitif. Mercredi dernier l’Agence nationale du médicament a présenté les grandes lignes de cette future expérimentation. Objectif : tester les modes d’administration, les prescripteurs et les circuits de distribution si le cannabis thérapeutique était définitivement légalisé. L’usage du cannabis thérapeutique sera très encadré.

La plante pourrait bientôt être prescrite dans un cadre strict pour dans cinq cas cliniques : les douleurs neuropathiques, certaines formes d’épilepsie sévères et les pathologies du système nerveux comme la sclérose en plaques. Enfin il pourra aussi également être prescrit pour soulager certains malades atteints d’un cancer, pour contrer certains effets secondaires des chimiothérapies, ou bien encore en soins palliatifs.

Des centaines de malades utilisent déjà le cannabis en France mais sous le manteau. C’est le cas de Mado Gilanton, porte-parole l’association patient impatients qui milite pour un usage thérapeutique du cannabis. Elle souffre de deux maladies rares de la moëlle épinière et du cervelet qui lui occasionnent des douleurs très sévères parfois insupportables. Le cannabis a eu chez elle des effets immédiats.

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 Aujourd’hui Mado Gilanton en consomme sous forme de tisane dans du lait avec beaucoup de précautions. Autre témoignage : celui de Bertrand Rambaud, président et fondateur de l’association Care. Il est atteint du VIH et pour supporter ces traitements médicamenteux, il utilise régulièrement le cannabis. Pour lui c’est bien plus qu’une question de confort.

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Pour soulager ces patients, la plante contient différentes molécules qui ont chacune des effets spécifiques selon les variétés. Les précisions du Professeur Nicolas Authier, médecin psychiatre, pharmacologue responsable du Centre de la douleur et du service de pharmacologie au CHU de Clermont-Ferrand. Il préside le comité scientifique spécialisé temporaire en charge du dossier.

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Il s'agit donc d'une plante qui selon ses versions peut assurer des traitements presque à la carte. Aujourd’hui, les experts préconisent plusieurs formes du cannabis médical à "effet immédiat": huile et fleurs séchées pour inhalation et sous des "formes à effet prolongé" de sirop ou capsules pour répondre au mieux aux besoins spécifique de chaque malade. Même chose pour le dosage des principes actifs. Ce qui offrira une plus grande sécurité aux malades, estime Mado Gilanton.

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A terme, plusieurs dizaines de milliers de patients pourraient être concernés par cette expérimentation en cas de légalisation. Mais tout cela ne fait pas l’unanimité dans la communauté médicale. Parler de cannabis "thérapeutique" est une dénomination "abusive et dangereuse", dénoncait la semaine dernière l'Académie nationale de pharmacie dans un communiqué. Selon elle, l’appellation entraîne "une banalisation des préparations de cannabis" qui comportent des dangers pour la santé et ne présentent pas les mêmes garanties que des médicaments.

D’autres détracteurs redoutent que ce soit un premier pas vers une légalisation de cannabis récréatif. Pour Marie Jauffret-Roustide, sociologue, chargée de recherche Inserm et membre du comité scientifique spécialisé temporaire, les gardes-fous sont bien prévus notamment par l’exclusion de la forme fumée mais pas seulement. 

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Seuls les médecins spécialistes dans les indications listées et exerçant en milieu hospitalier pourront établir une ordonnance initiale. Dans un premier temps, le cannabis thérapeutique ne sera délivré que par les pharmacies des hôpitaux. Le registre permettra de recueillir les données sur l’efficacité du cannabis thérapeutique et les effets indésirables car le produit n’est pas anodin, ni miraculeux. La phase expérimentale devrait démarrer en 2020.

Certaines associations de patients auraient aimé aller plus loin, notamment sur le nombre de pathologie concernées. La maladie de Bertrand Rambaud par exemple n’est pas pour le moment retenue. Plus largement, il craint aussi qu’il n’y ait pas assez de médecins pour prescrire la substance. La "participation à l'expérimentation, des centres et des médecins", devrait se faire en effet "sur la base du volontariat" et après une "formation préalable obligatoire".

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Une fois le traitement du patient stabilisé" le médecin traitant du patient pourra alors prendre le relais . Faute de production en France, ce cannabis thérapeutique sera fourni aux pharmaciens par des producteurs étrangers. C’est le cas des Pays-Bas, de l’Autriche, encore d’Israël qui sont des leaders dans ce domaine. Mais des agriculteurs hexagonaux entendent se positionner sur cette nouvelle filière potentiellement très intéressante sur le plan économique. Des expérimentations sont ainsi déjà en cours dans la Creuse. L’île de la Réunion est aussi intéressée. Le marché mondial du cannabis thérapeutique est estimé à 50 milliards de dollars d’ici 2025.

 

 

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