Seconde vague: comment réagissent les plus précaires ?

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La chronique Economie

vendredi 30 octobre à 7h20

Durée émission : 3 min

Seconde vague: comment réagissent les plus précaires ?

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La seconde vague de l'épidémie de covid-19 laisse présager de lourdes conséquences financières pour les plus précaires.

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Nous savons tous que le personnel soignant est fatigué. En Seine-Saint-Denis, les familles et les personnes isolées, sont également fatiguées, épuisées, comme le reste de la population Française. Mais de façon peut être plus visible et plus extrême, car les populations vulnérables de Saint Denis ont utilisé leurs maigres ressources pour traverser la première vague.  Elles espéraient un plan de relance qui les auraient remis à flot.

Par ailleurs, comme l'a déclaré, ici sur l’antenne de RCF, Véronique Fayet, la présidente du secours catholique, le plan de relance a largement oublié les 5 à 7% les plus pauvres. Ce sont ceux et celles qui passent entre les mailles de la raquette, celles et ceux qui se retrouvent aux distributions alimentaires ou qui ne peuvent aller nulle part.  Beaucoup, près de 600.000, nous révèle le Secours Populaire, sont de nouveaux visages. Ils, et surtout elles, avaient de petits jobs souvent dans l’informel, qui leur permettaient de nouer les deux bouts à la fin du mois. Leur matelas d'épargne était, avant la crise, déjà aussi fin qu’une feuille de cigarette. La deuxième vague les submerge.  Ils survivaient vaille que vaille, là, ils plongent. Florent Guéguen, de la Fédération des acteurs de la solidarité estime à un million le nombre de nouvelles personnes qui vont se retrouver sous le seuil de pauvreté fin 2020.

Aujourd’hui, on n’entend plus parler de plan de relance, mais de plan de soutien aux entreprises en difficulté, aux secteurs sinistrés tels que la culture, la restauration ou le tourisme.  En même temps, on entretient le mirage que notre système de protection sociale est suffisant pour les personnes en grande vulnérabilité. Ce mirage doit être combattu avec véhémence. Car l’État n’est pas un véritable État providence. 

Des études commencent à paraître sur le comportement économique des français pendant la première vague. Elles disent que les familles modestes se sont retrouvées étranglées. Les quelques sous en réserve ne pouvaient servir qu’à payer l’incontournable, à savoir le loyer, l’école ou les transports. Les chiffres parlent : ces foyers ont dû s’endetter et ont réduit drastiquement leurs dépenses d’alimentation ou de santé, quitte à faire la queue pour quelques colis. Ils vivent en équilibre instable sur le fil séparant la sobriété de la pauvreté.  Sans aide du gouvernement, ils tomberont.  Les personnes encore plus pauvres se sont enfoncées, elles, dans une extrême précarité pendant la première vague. 

Pour toutes ces familles, ce n’est plus une seconde vague mais un tsunami.  Le gouvernement en est bien conscient.  Le premier ministre a proposé un plan d’urgence contre la pauvreté, doté de 1,8 milliards d’euros qui s’ajoute aux 7,5 milliards déjà débloqués. Mais l’essentiel de cet argent sera distribué via les mécanismes existants tels que l’aide au logement ou l’aide aux familles allocataires du RSA. 

Que vont recevoir les personnes qui passent "entre les mailles du filet" ? Dans Fratelli tutti, François nous fait rêver de fraternité universelle, en insistant sur l’obligation d’une fraternité de proximité, car "ici et partout" sont indissociables. Il est urgent de remettre à l’avant-plan le principe républicain de Fraternité, non pas comme un principe de solidarité ou de charité bienveillante, mais de vraie fraternité dans la juste protection de la dignité de chacun.  La seconde vague ne sape pas seulement notre économie, elle risque de saper notre rapport à l’autre, notre dignité humaine. Reprenons le mot d’ordre du Secours Catholique : pour une révolution fraternelle !    

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Les présentateurs

Vincent de Féligonde

Vincent de Féligonde est chef du service économique et social de La Croix. Il y a débuté sa carrière, puis a été correspondant des Echos en Allemagne, chef du service web, avant de revenir à La Croix pour en diriger les services international, puis économique. Sa passion : rendre intelligibles les grandes évolutions de l’économie @VdeFeligonde

Marcel Rémon

Marcel Rémon dirige le Centre de recherche et d'action sociales (Ceras).