Si on parlait d’un matérialisme qui nous ronge?

Présentée par PR-21433

L'édito de François Huguenin

mercredi 3 juin à 7h55

Durée émission : 3 min

Si on parlait d’un matérialisme qui nous ronge?

© RCF - François Huguenin

Il est temps de dresser un bilan du traitement du Covid-19, un bilan éthique, philosophique et social: sommes-nous guidés uniquement par le matérialisme?

J’avais solennellement promis d’attendre la fin de la crise du Covid-19 pour sortir les griffes. Même si tout n’est pas terminé et que nul ne peut prévoir l’avenir, surtout pas moi, l’heure d’un premier bilan a sonné. Je ne vais pas ici tenter d’apprécier la manière dont a agi le gouvernement. Ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus. Mais j’aimerais revenir sur ce que cette crise a montré de notre société.

Depuis le 11 mars, la maladie et la lutte contre l’épidémie ont complètement saturé l’espace médiatique. Loin de moi l’idée de minimiser la gravité des risques sanitaires, mais il est frappant de voir qu’amplifiée par les chaînes d’information en continu et les réseaux sociaux, le Covid a tout écrasé sur son passage. Jusqu’au jour où, autour du 11 mai et du déconfinement, une autre priorité est arrivée en force, dont la légitimité est également incontestable : la relance de l’économie. Avec aujourd’hui une sorte d’injonction paradoxale : tout faire pour relancer l’économie et "en même temps" sécuriser absolument la situation sanitaire. Pas simple. Les considérations de santé et maintenant d’économie, en un mot de survie, ont laissé dans l’ombre un certain nombre de sujets au demeurant cruciaux pour savoir dans quelle société nous voulons vivre, et notamment les considérations éthiques, politiques et spirituelles.

C’est ainsi qu’on aura pu applaudir le travail des soignants à l’hôpital mais littéralement séquestrer des personnes âgées dans leur Ehpad et interdire un digne accompagnement des mourants en raison de l’impératif sanitaire. La solitude et le désespoir de la fin de vie et de l’agonie sont-ils moins importants que la santé des vivants ? C’est une question éthique. Elle a à peine été posée. On propose maintenant une application de traçage des individus, après deux mois de privation totale de liberté de déplacement, et la voix de ceux qui protestent est bien faible dans un pays où la santé et la consommation semblent des biens plus importants que la liberté. Ce n’est d’ailleurs pas qu’une question de gouvernement, mais c’est une question politique sur notre modèle de société qui ne se pose pas vraiment. On a réouvert l’accès aux commerces et aux transports avant les cultes et les salles de cinéma. C’est une aussi question politique et spirituelle qui est à peine formulée.

Ne voyons-nous pas que le matérialisme de notre société réduit l’être humain à la fonction d’un consommateur qui doit être bien portant pour faire tourner la machine ? Qu’on oublie qu’il est un être fait pour la liberté, la culture et transcendance ? Ces questions, jamais formulées durant la crise, et c’est compréhensible, ne devons-nous pas nous les poser maintenant ? De toute urgence ?

 

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Le présentateur

François Huguenin

Historien et essayiste (dernier ouvrage Le Pari chrétien chez Tallandier), François Huguenin est aussi éditeur et collabore aux magazines La Vie, Prier, Le Figaro Magazine, Magnificat et Aleteia.