Tenue républicaine exigée

Présentée par PR-23334

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L'édito d'Isabelle de Gaulmyn

mardi 22 septembre à 7h55

Durée émission : 3 min

Tenue républicaine exigée

© DR

Au nom de l'égalité entre tous les élèves, le ministre de l'Education nationale J-M. Blanquer les a incités à porter une "tenue républicaine" : une curieuse expression qui fait réagir.

Les enfants doivent venir à l’école « habillés d’une façon républicaine », a dit le ministre de l’Education nationale hier sur une radio. « D’une façon républicaine » ? Quèsaco ? Evidemment, les réseaux sociaux se sont emparés avec une gourmandise malicieuse de l’expression, imaginant les garçons et les filles, cartables à la main, arriver bonnet phrygien sur la tête ceint d’une belle écharpe bleu blanc rouge.

Foin de caricatures. Qu’a voulu signifier le ministre de l’Education nationale avec cette expression : « Une tenue qui permette une plus grande égalité entre tous »? Egalité, donc. Après tout, c’est bien là l’un des trois substantifs de la devise républicaine. Remarquons au passage qu’il aurait été intéressant aussi de s’interroger en quoi la tenue des écoliers devait respecter la fraternité, ou bien la liberté.

Toute la difficulté, c’est que l’égalité peut signifier beaucoup de chose. C’est au nom de l’égalité que parfois, on refuse que les enfants fassent droit de leur conviction confessionnelle. Au nom de l’égalité, on uniformise, et on voudrait extirper les jeunes d’un ancrage religieux, ou familial, ou culturel. Egalité, c’est aussi, et surtout de nos jours, l’égalité homme-femme. C’est bien là-dessus que le mouvement lycéen, qui refuse l’exigence « d’une tenue correcte » à l’école s’est en partie fondé: les filles faisant observer qu’elles sont les plus fréquemment soumises aux injonctions liées à l’habillement.  

Il est cependant une inégalité que, curieusement, personne n’aborde. Ni le ministre, ni les hommes politiques. Ni même les enseignants. Et qui fait sans doute au moins autant de dégâts, encore, dans les écoles. Les inégalités dues non pas à la religion, au sexe, mais plus simplement aux prix des habits que l’on porte. La pression de la mode, le dictat  des marques sur les enfants, personne ne s’en soucie. Au fond, porter un blouson de plusieurs centaines d’euros, est-ce une tenue correcte, décente ? Le terme décence vient du verbe latin decet, qui signifie « il convient ». Convient-il de mettre tant d’argent dans un vêtement ? Convient-il de laisser les enfants sans moyen de défense par rapport au matraquage de la publicité sur les réseaux sociaux ?

Ne serait-il pas plus utile, plutôt que de s’échiner à mesurer la longueur des jupes, de faire réfléchir les écoliers sur le prix, les marques, leur rapport à l’image qu’elles peuvent renvoyer, leur manque de liberté par rapport à certains discours commerciaux ? Tout parent sait combien peut être violent pour un enfant la discrimination par les marques. Difficile sans doute de revenir à l’uniforme, qui règlerait radicalement le problème. Mais certaines écoles ont conçu une sorte de « dress code » s’attaquant à la visibilité des marques : type de sac, couleur des habits, dimensions des logos. De quoi éduquer aussi à la liberté. La liberté, n’est-ce pas le premier mot de la devise républicaine ?
 
 

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