Tirer au sort nos représentants, et pourquoi pas?

Présentée par PR-21717

L'édito d'Isabelle de Gaulmyn

lundi 15 juin à 7h55

Durée émission : 3 min

Tirer au sort nos représentants, et pourquoi pas?

Le principe de démocratie exige dans nos esprits un suffrage universel, élections rimeraient avec démocratie. Et si pourtant la démocratie se situait dans le tirage au sort?

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Le 17 juin prochain, les 150 membres de la convention citoyenne pour le climat vont rendre leurs conclusions, après plus de neuf mois de débat. Cette convention a pour mandat de définir une série de mesures permettant de diminuer de 40% les émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030. Le gouvernement s’est engagé à reprendre sans filtre ses propositions. Une grande première en France ! Appliquer des mesures discutées puis présentées par des représentants non pas élus, mais tirés au sort.

À vrai dire, au départ, cela semble surprenant. Quoi de plus inégalitaire, de plus aléatoire, qu’un tirage au sort ? Une bonne vieille règle de la démocratie veut que nos représentants soient élus, et qu’ils tirent leur légitimité de leur élection au suffrage universel. Avec le tirage au sort, est-on encore dans un système démocratique ? En réalité, le système de démocratie représentative est depuis quelques années assez sérieusement remis en question. Dans un livre "Contre les élections", l’écrivain et penseur flamand David Van Reybrouck, qui a beaucoup influencé le milieu écologique français, se livre à une critique en règle des démocraties représentatives.

On ne peut totalement lui donner tort, car il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui, beaucoup de pays ont bien des élections, mais pas pour autant de démocratie. En France aussi, le système représentatif est discrédité. Il y a ce sentiment que seules les élites parviennent à se faire élire, que la carrière politique est réservée à un petit milieu, et donc que le monde politique est déconnecté de la nation. D’autre part, on reproche l’incapacité des hommes politiques une fois élus d’appliquer leurs promesses, parce qu’ils sont avant tout soucieux de se faire réélire.

Après tout, le système du tirage au sort est aussi vieux que la démocratie grecque. Moi-même, j’avoue avoir été sceptique au début, mais l’expérience de cette convention est plutôt concluante. Les tirés au sort n’avaient au départ aucune connaissance particulière en matière d’environnement, mais ils ont pu se former durant ces mois, entendre tous les experts qu’ils souhaitaient, et ils ne s’en sont pas privés. Il y a eu de nombreuses discussions, dont tous ont témoigné du sérieux et de la profondeur.

Alors on verra en fin de semaine si la convention citoyenne a été capable de sortir des mesures fortes, audacieuses. Et surtout si ce programme est à même, ensuite, d’emporter l’adhésion des Français. Car il s’agit bien, au final, de cela. Pour des mesures concernant le climat, qui par nature sont difficiles à prendre, car elles impliquent de nombreux renoncements (transports, dépenses d’énergie, etc.) le consensus de tous est indispensable. Dans un pays fracturé comme la France, ce n’est pas le moindre des enjeux.

 

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Le présentateur

Isabelle de Gaulmyn

Rédactrice en chef au quotidien La Croix sur Twitter : @idegaulmyn