Trouver sa place au soleil de Manhattan

Présentée par PR-21149

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L'image de la semaine

vendredi 22 mai à 8h52

Durée émission : 3 min

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© AFP

David Groison nous fait voyager à New-York, au pied du pont de Manhattan : à la recherche d'un cercle blanc pour pouvoir s'asseoir au soleil.

Vous avez tout de suite reconnu le lieu, car c’est une prise de vue connue, archi connue même. Au premier plan, une pelouse. Au second plan, le pont d’acier suspendu, avec ses câbles et sa structure métallique reconnaissable entre mille. Le pont de Manhattan, que l’on a vu sur l’affiche d’Il était une fois l’Amérique, de Sergio Leone. Le pont que regardent Woody Allen et Diane Keaton assis sur un banc dans le film du même nom, Manhattan. Et puis au loin, l’East river et les buildings de l’autre rive. Le ciel bien bleu. C’est un cliché de touriste. Une carte postale. Et pourtant c’est bel et bien une photo d’actu.

La journaliste de l’AFP Johannes Eisele a fléchi légèrement les genoux pour se mettre à la hauteur des New yorkais, assis ou allongés sur l’herbe. Elle ne les surplombe pas : on est avec eux. Et le dispositif nous saute alors aux yeux. Sur la pelouse bien verte, on a tracé des cercles blancs. Comme sur un terrain de tennis où les limites du jeu sont tracées à la craie blanche, on a ici une succession de cercles, une vingtaine de ronds de deux mètres de diamètre, avec au centre des habitants en plein farniente. Ici, deux copines allongés sur des serviettes en maillot de bain. Là, un garçon un livre à la main, posé à côté de son vélo. Ailleurs, un couple, avec une fille en train de regarder son téléphone à bout de bras et un garçon casquette sur la tête qui regarde au loin. Autant de poses classiques, comme on pouvait en voir aussi partout en France hier, mais ici à bonne distance sociale, chacun dans son cercle.

Au premier plan, on remarque un cercle vide. C’est tout le talent de la photographe. Parce qu’on imagine que trouver un cercle vide sur une pelouse de New York doit être aussi difficile que trouver une place en terrasse à Paris, quand les bistrots étaient ouverts je veux dire... Il faut avoir l’œil ! Mais ça révèle du talent aussi, car elle a choisi de placer ce cercle au premier plan. C’est lui qu’on repère d’abord. Comme une invite à s’y installer : on s’y projette immédiatement. Même si je suis ravi d’être debout ce matin pour parler avec vous Antoine et à l’oreille des auditeurs de RCF, devant cette photo, je m’imagine bien alangui sur l’herbe moi aussi, en train de profiter du soleil, du beau ciel bleu. C’est cette sensation que le cadrage de la photographe entraine obligatoirement.

Il y a évidemment un côté ridicule à s’installer chacun dans son cercle, comme un jeu de morpion géant, comme une installation où chacun est assigné à sa case, à son petit mètre carré de bonheur. Il y a un côté oppressant : les barrières que l’on a dans la tête, les distances que l’on applique mine de rien sont ici bien réelles et impossibles à nier. J’imagine que ça dépend de l’humeur de chacun, mais c’est une photo d’époque. On comprend que pour être réellement serein, il va falloir s’appliquer, respecter de nombreuses consignes, suivre des flèches, se mettre dans le sens de la file, rester à sa place. Le bonheur dans la contrainte… On va s’y faire.

 

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Chaque vendredi dans la Matinale RCF, David Groison commente une photo de presse.

Le présentateur

David Groison

David Groison est rédacteur en chef du magazine Phosphore, édité par Bayard et destiné aux 14-19 ans. Il est également directeur des titres ados du groupe (Okapi, I love English) Il est enfin l'auteur de plusieurs ouvrages sur la photo chez Actes Sud Junior (Prises de vue, l'histoire vraie des grandes photos). Le matin, il a toujours une petite goutte de sueur au front : été comme hiver, il vient au studio à vélo. @DavidGroison