Trump, Europe, commerce, l'équation à une inconnue

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La chronique Europe

vendredi 2 février à 7h12

Durée émission : 3 min

La chronique Europe

Pour Charles de Marcilly, les discours sur l’état de l’Union de Donald Trump mardi et ceux de la semaine dernière au Forum de Davos devraient alerter les capitales européennes.

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Lorsqu’il dit « je veux du commerce juste et réciproque » et qu’il estime que les Européens « ont été injustes » avec les États-Unis, Donald Trump court-circuite les relations traditionnelles transatlantiques même si on peut lui reconnaître une constance dans sa diplomatie en 3 séquences : premièrement le discours de victimisation. Selon sa grille de lecture le monde entier profite des États-Unis que ce soit pour la sécurité ou l’accès à ses marchés. Etape n°2 : cela créé un émoi qu’il dépasse avec un ou deux tweets bien sentis qui lèvent une polémique. Etape n° 3 : il rétropédale mais ses partenaires se sont sentis obligés de réagir. En résumé, quel que soit le sujet, il pose les termes de la négociation, du débat et contraint les autres à se projeter par rapport aux lignes rouges définies à la Maison blanche même si elles semblent parfois absurdes.

Et le président américain a déjà adopté cette attitude avec les Européens. Rappelez-vous de ces menaces de ne plus assurer la sécurité du continent avant le sommet de l’OTAN de mai dernier. Son objectif était que les membres de l’OTAN réaffirment leur engagement en dépense militaire à 2% de leur PIB. Pari gagné et probablement des contrats supplémentaires obtenus par l’industrie américaine de l’armement. Il nous refait le même coup sur le commerce. Il constate que la balance commerciale est très mauvaise : 115.3 milliards de surplus européen pour le commerce des biens en 2016. Il se méfie par ailleurs du multilatéralisme qui ferait la part belle aux économies qu’il qualifie de « non justes » et de l’Organisation mondiale du commerce. Cela pose d’ailleurs un problème de fonds pour le respect des décisions au niveau mondial. Aussi, il va chercher à renforcer des relations bilatérales en s’appuyant sur le déséquilibre des rapports de force supposés lors des négociations. Le Président américain pense que les États-Unis sont les plus forts, surtout avec lui à leur tête…

Mais pour moi sa grille de lecture est biaisée…  car l’Union fait la force et sur le commerce les États remettent les clefs des discussions à Bruxelles. Seule, la France aurait par exemple des difficultés à négocier sur un pied d’égalité avec les Américains. Alors imaginez la Belgique ou la République tchèque… Mais collectivement, nous sommes la partie la plus puissante de la négociation. A force d’être provocante, la stratégie de Trump sur le commerce a renforcé l’attitude des Européens à être offensifs et à prendre le leadership.  Ils en ont pris conscience que très récemment et ont cessé d’être des « naïfs » pour reprendre l’expression de Jean-Claude Juncker.

Il est donc loin le temps du TTIP, l’accord de libre-échange entre les Européens et les Américains qui a fait un four. On se pousse à la porte de Bruxelles pour négocier des accords de libre-échange et avoir accès au marché des Européens. Pas grand monde ne pousse à celle de la Maison blanche. Seuls les Britanniques ne l’ont pas compris et se réjouissent de négocier à l’avenir un accord bilatéral avec les États-Unis. Donald Trump n’a pas manqué de les en féliciter. Autant dire que le match sera déséquilibré. 

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Le présentateur

Charles de Marcilly

Spécialiste des affaires européennes depuis plus de dix ans, Charles de Marcilly est le responsable du bureau de Bruxelles de la Fondation Robert Schuman.